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Grande-Synthe accueille les migrants dignement


Grande-Synthe, proche de Dunkerque, est l’une des rares villes qui accueillent des centaines de migrants avec fraternité. Ici, le sort des réfugiés est bien loin de celui réservé aux migrants des bidonvilles de Calais, à une quarantaine de kilomètres de là. Reportage.

Grande-Synthe, il est 13 heures, une bonne centaine de migrants attendent dans le gymnase que les bénévoles d’Emmaüs Dunkerque, aidés par d’autres migrants, leur servent un repas. Sont présents des Kurdes, des Afghans, des Iraniens, des Irakiens, des Syriens…

Marie-Geneviève, une salariée de la mairie affectée au gymnase, me dit : «  Les repas sont servis à environ 134 migrants et 16 familles présents dans le gymnase mis à disposition par la mairie. Le nombre est limité pour raison de sécurité. » À 15 heures, les migrants qui vivent dans des containers, ou dans le bois du Puythouck, peuvent entrer pour manger au fur et à mesure que les premiers servis quittent le gymnase. La ville fournit les bâtiments et le personnel. Le reste, ce sont les associations. « Si chaque commune du littoral prenait sa part d’accueil, nous n’aurions pas des situations comme à Calais », déclare Gyhane, volontaire de la mairie sur la mission « migrants ».

Un espace réservé aux familles

« La plupart des migrants maîtrisent l’anglais ou ont leur famille en Angleterre, c’est la raison pour laquelle ils préfèrent tenter de passer de l’autre côté de la Manche », explique la volontaire. Et d’ajouter : « Tous les matins, l’OFII (1) et l’Adoma (2) prennent des migrants au compte-gouttes. D’autres familles sont accueillies dans des CAO (3). Les demandeurs d’asile sont dirigés dans des CADA (4).  »

Après ces premières explications, nous nous dirigeons vers l’espace réservé aux familles. Au milieu de la pièce, des bénévoles anglaises occupent les enfants. J’apprends qu’elles viennent plusieurs fois par semaine. Gyhane témoigne : « Des familles arrivent à passer en Angleterre. Mais c’est très difficile car la police a des chiens entraînés à renifler les odeurs de feu de bois [ndlr. Les migrants qui vivent dehors se chauffent au feu de bois]. Un jour, ils ont retrouvé une famille dans un camion frigorifique, l’enfant était en hypothermie. »

Une salle propre

La volontaire m’entraîne ensuite dans la grande salle du gymnase. «  On entend souvent “ils sont sales”, “ils laissent des détritus partout”. Regardez comme c’est propre.  » Dans cette salle, 250 personnes dorment sur des couvertures à même le sol. « Il n’y avait pas assez de lits de camp, cela aurait pu créer des tensions entre ceux qui auraient disposé d’un lit et ceux qui n’en auraient pas eu. Dans leur pays, ils sont souvent habitués à vivre ainsi, à même le sol  », précise Gyhane. « Certains sont au bout du rouleau quand ils arrivent ici. Parfois, on connaît des moments heureux : hier, on a eu un mariage religieux entre un Iranien et une Iranienne, une maman est à 10 jours de son terme. »

Parfois, des migrants s’ouvrent et parlent de leur vécu. « C’est dur, précise Gyhane, on n’arrive pas à dormir après leur récit. Comme celui de Karim, arrivé avec sa femme et deux enfants. Un jour, il m’a confié avoir reçu des éclats d’engin suite à un bombardement. Il a été brûlé. Il se retourne, sa petite fille qui était derrière lui avait pris la bombe de plein fouet. Il a couru chez lui, pris sa femme et ses deux autres enfants et ils sont partis.  » Ils ont demandé l’asile politique.

« Un jeune de 13 ans a réussi à passer de l’autre côté de la Manche. Il donne de ses nouvelles. La plupart des jeunes ont fait des kilomètres, ils ont traversé des pays et ils se retrouvent bloqués à 30 kilomètres de l’Angleterre qu’ils veulent atteindre. C’est frustrant », souligne Samira, employée à l’accueil.

Jean-Pierre Druelle

(1) Ofii : Office français de l’immigration et de l’intégration.
(2) Adoma : gère des habitats à vocation sociale (foyers de travailleurs migrants, centres d’hébergement, centres d’accueil de demandeurs d’asile, etc.).
(3) CAO : Centre d’accueil et d’orientation - hébergement d’urgence.
(4) Cada : Centre d’accueil de demandeurs d’asile.

Les Compagnons d’Emmaüs servent des repas qu’ils ont préparés depuis 5 h 30 du matin.