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L’année du centenaire de l’indépendance des pays baltes


En 2018, les pays baltes ont fêté le centenaire de leur indépendance.

Indépendance perdue pendant de longues périodes au XXe siècle, puisqu’ils ont dû subir la domination des deux systèmes les plus violents et les plus destructeurs de l’histoire européenne : le nazisme et le communisme stalinien. L’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, ces trois États, aujourd’hui de nouveau maîtres de leur destin, affirment avec force leur adhésion à l’Union européenne.

Les États baltes ne comptent à eux trois que six millions d’habitants et leur superficie représente le tiers de la France métropolitaine. Ce petit territoire idéalement situé le long de la mer Baltique a toujours été, au fil des siècles, convoité par ses puissants voisins. Ce furent, à la fin du Moyen Âge, les marchands allemands regroupés dans la Ligue hanséatique. Puis, durant deux siècles, la région passe sous la domination de la Suède au nord et de la Pologne au sud. Enfin, c’est la Russie de Pierre le Grand au XVIIIe siècle qui étend ses frontières jusqu’à la Baltique.

Mais au cours des siècles, sous les jougs successifs, chacun des trois peuples, artificiellement réunis sous le nom d’États baltes, a farouchement gardé sa langue et sa culture. Et en 1918, l’affaiblissement de la Russie déchirée par la révolution bolchevique a été pour ces nations une chance historique qui leur a permis d’exister territorialement en devenant indépendants.

Les années tragiques

Cette première indépendance ne dure que vingt ans. Après le pacte germano-soviétique de 1939 entre Hitler et Staline, l’URSS envahit les pays baltes. Et dès 1940, des vagues de déportation conduisent, par dizaines de milliers, des familles entières vers les goulags sibériens.

Aussi, quand en 1941 l’armée allemande envahit la région, elle est accueillie avec soulagement car, en repoussant les Soviétiques, elle fait cesser les déportations.

Mais un occupant chasse l’autre : les prédations et les massacres reprennent. Les juifs sont victimes de la Shoah. En Lituanie, l’importante communauté juive de Vilnius, ville appelée « la Jérusalem du Nord », est totalement anéantie.

Puis en 1944, les nazis sont repoussés par les Soviétiques qui réoccupent la région. Staline décrète l’annexion des pays baltes et décide de les russifier. Nouvelles déportations : en mars 1949, en quatre jours, 90 000 Baltes sont transportés par train vers la Sibérie et à leur place s’installent des Russes.

En 1953, à la mort de Staline, les déportations cessent, mais la soviétisation des pays baltes se poursuit. Il faut attendre l’éclatement de l’URSS, en 1991, pour que l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie retrouvent ce qu’elles appellent : « l’indépendance restaurée ».

L’ancrage dans l’Union européenne

Quand ces États recouvrent leur liberté, ils ont en commun la détestation de leur passé soviétique et l’affirmation de leur identité. Des problèmes perdurent : en Estonie et Lettonie, le nombre important de russophones provoque la résurgence de l’irrédentisme russe (volonté d’annexer les régions où vivent des Russes).

Si les États baltes forment une sorte d’interface entre la Russie et l’Europe de l’Ouest, ils ont toujours eu l’ardente volonté d’appartenir à l’Ouest. En 2004, ils adhèrent à l’Union européenne et à l’Otan, voyant dans le pacte militaire atlantique le garant de leur indépendance, puis, quelques années après, ils rejoignent la zone euro.

Pour l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la forte volonté d’ancrage dans l’UE correspond à deux souhaits complémentaires : conserver leur identité linguistique et culturelle, et assurer leur sécurité et stabilité politique.

Françoise Berniguet

Tallinn, capitale de l’Estonie.