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L’importance de respecter les personnes âgées et vulnérables


Dans un entretien accordé au Journal du CNRS, le gériatre Régis Aubry et le sociologue Benoît Eyraud s’expriment sur certaines mesures de protection des personnes âgées ou vulnérables prises durant la pandémie de Covid-19.

Le Journal du CNRS a interviewé le gériatre Régis Aubry, co-président de la Plateforme nationale pour la recherche sur la fin de vie, et Benoît Eyraud, sociologue au Centre Max Weber.

Les grands oubliés du système de santé

Benoit Eyraud estime que les pouvoirs publics ont répondu très vite aux alertes des services hospitaliers et notamment des urgentistes contrairement à celles lancées par les établissements médico-sociaux, comme les Éhpad ou les foyers d’accueil spécialisés. « Ce retard à l’allumage illustre la difficulté de notre pays à apporter une réponse qui ne soit pas seulement hospitalo-centrée » précise-t-il.

Régis Aubry estime lui aussi que « les établissements médico-sociaux ont été les grands oubliés du système de santé ». Il trouve paradoxal cette situation car ce sont des foyers de contamination importants, concentrant les personnes les plus à risque face au virus. Ces établissements auraient dû être protégés en priorité : « sans qu’on le dise, les personnes les plus vulnérables ont été laissées au bord du chemin... » déplore-t-il. Pour lui, « on aurait pu faire beaucoup mieux si le Plan grand-âge, annoncé en janvier 2020 dans la perspective d’un projet de loi présenté l’été suivant, avait été enfin mis en place ! ».

Une unité de soins palliatifs Covid-19 au CHU de Besançon

Régis Aubry a créé une cellule de soins palliatifs destinés aux patients âgés et fragiles trop faibles pour supporter les traitements comme la réanimation. « Ces patients méritent autant que tout autre d’être traités avec humanité et accompagnés en fin de vie » estime-t-il. Avec une telle crise sanitaire, au motif de sauver des vies, le médecin gériatre craint qu’on oublie « le respect de la dignité humaine, pour les personnes les plus vulnérables ».

L’interdiction des visites a été vécue comme une agression

Les mesures sanitaires dans les Éhpad, interdiction des visites, isolement dans les chambres, etc., « sont venues s’abattre de manière très administrative et très verticale, renforçant encore le sentiment de relégation et de disqualification des plus vulnérabilisés » témoigne Benoit Eyraud. Il aurait préféré, qu’au préalable, les professionnels (aides-soignants, auxiliaires de vie, travailleurs sociaux, médecins…), les résidents et leurs familles soient consultées. « Cette attention participative aurait facilité une appropriation et un ajustement plus rapides des règles » estime-t-il.

Pour Régis Aubry « l’interdiction des visites et le maintien dans les chambres ont été vécus comme une agression, ce qui a eu pour effet d’augmenter fortement leurs troubles du comportement ». Les résidents ont subi une sorte d’enfermement, ils ont été sur-vulnérabilisées et ont eu le sentiment « de ne plus être ». Il plaide pour que les personnes âgées ne soient plus considérées comme incapables de décider et de comprendre. « Cet âgisme est une forme de ségrégation qui entraîne un sentiment d’inexistence et d’inutilité très exacerbé lors de cet épisode » insiste-t-il.

Une étude sur les Éhpad et l’épidémie de Covid-19 en France

Régis Aubry, mène actuellement une étude des questions relatives aux confinements, aux fins de vie et à la mort dans les Éhpad, liées à l’épidémie de Covid-19 en France (Étude CovidÉhpad sur le site du CNRS).

Cette recherche, dont les résultats sont attendus à la fin de l’année, vise à collecter des données de terrain pour documenter la manière dont les professionnels, les résidents et leurs proches ont fait face à la crise et aux décès.

Elle est coordonnée par la Plateforme nationale pour la recherche sur la fin de vie et menée dans six régions, à raison de quatre à cinq Éhpad par région. Elle permettra d’apporter des éléments susceptibles d’influencer les politiques d’accompagnement du vieillissement et de solidarité envers les personnes vulnérables. « Un suivi des familles permettra de faire un focus sur les situations de deuil qui vont, à mon sens, devenir un problème de santé publique » conclue Régis Aubry.

François Jaboeuf

Retrouvez l’interview de Régis Aubry et Benoit Eyraud sur le Journal du CNRS