UNION CONFÉDÉRALE CFDT DES RETRAITÉS

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La CFDT Retraités du Rhône : une pépinière de militants centenaires


Michel Béjat s’est éteint au moment où nous écrivons cet article. Il venait de passer le cap du siècle, et avait rejoint dans le club des centenaires Simonne Warlier-Gron, une autre militante CFDT rhodanienne. Tous deux ont fréquenté de longues années la Bourse du travail de Lyon où leurs syndicats de la Santé et de la Chimie étaient voisins.

Michel et Simonne sont devenus amis dans les années 1970 de l’autre siècle dans les couloirs du temple du syndicalisme lyonnais. La CFDT occupait tout le deuxième étage et les syndicats de la Santé et de la Chimie disposaient de locaux contigus.
Lyonnais depuis leur enfance, Michel, fils d’agriculteurs, est né à Lyon, et Simonne, aînée de cinq enfants d’une famille de commerçants, a rejoint le quartier du Vieux-Lyon pour faire son école primaire. Tous deux ont milité à la Jeunesse ouvrière chrétienne naissante, l’un dans le quartier de Montchat, aux confins de Villeurbanne, l’autre à la paroisse Saint-Jean.

Jocistes de la première heure

Jeunes jocistes en ces temps du Front populaire, ils étaient sur les gradins du Parc des princes à Paris en 1937 pour le dixième anniversaire de ce mouvement d’action catholique. « Ma sœur Gilberte était montée avec moi, et elle a participé au chœur parlé sur la grande scène », se souvient Simonne qui fredonne encore « Sois fier, ouvrier », l’un des premiers chants jocistes.

Quand nous l’avons rencontré, Michel se rappelait aussi les paroles fortes du secrétaire général Fernand Bouxom. « Ce fut une école de militantisme qui a irrigué toute la vie », assurent-ils de concert.

Simonne et son mari Marcel, permanent jociste dans la Loire, ont participé à la Résistance.

Quant à Michel, avant d’être requis par le Service du travail obligatoire en 1942, il s’est engagé avec ses amis jocistes et résistants.

À la Libération, Simonne et Michel ont accompagné tous les deux les premiers pas du Mouvement populaire des familles, du Mouvement de Libération du peuple, puis de l’Action catholique ouvrière.

Une vie professionnelle militante

Après une vie professionnelle entre l’entreprise de soierie Boissonnet-Traffond, une boutique de mode de la presqu’île lyonnaise, puis un rayon de supermarché du quartier de Vaise, Simonne a rejoint le Syndicat lyonnais des industries chimiques (Slic) en tant que secrétaire administrative.

« La Bourse du travail était une vraie ruche, et au Slic, on coordonnait l’action de militantes d’une quarantaine de boîtes : Rhône-Poulenc, Péchiney, Pétrole Hahn… »

La vie personnelle de Michel a été marquée par Mai 68. Après la CFTC, c’est sous les couleurs de la CFDT qu’il a mené la grève. À l’hôpital lyonnais des frères de Saint-Jean-de-Dieu, où il exerçait son métier de tailleur-coupeur, il a déployé les négociations avec les personnels soignants et administratifs, et obtenu un accord national pour tous les établissements de la congrégation.

« Nous avons amélioré les salaires, les conditions de travail et le départ en retraite. »

Des retraités militants

En fin d’activité salariée, nos deux centenaires n’ont pas baissé les bras. Toujours adhérent CFDT, Michel a continué à agir au sein du Comité d’intérêt local de Montchat, et pour l’insertion des jeunes avec l’association Oasis-Sans Souci.

Quant à Simonne, elle est entrée naturellement au conseil de la vie sociale (CVS) de son premier Ehpad. Un engagement qu’elle a poursuivi au sein de l’établissement Saint-François-d’Assise qui l’héberge depuis une décennie. À 102 ans, elle a été élue pour la troisième fois à la présidence du CVS, et elle participe toujours aux réunions Inter CVS du syndicat CFDT des retraités du Rhône.

Jean-François Cullafroz-Dalla Riva

Disparu le 20 mars 2022, Michel Béjat est resté militant jusqu’au bout.
Simonne Warlier-Gron, à 103 ans, préside encore le CVS de son Ehpad.