Notre activité


La CFDT a 50 ans !


Novembre 2014 ou 50 années d’évolution constante de la CFDT. 50 années au cours desquelles, par le canal de leurs élus, à travers congrès et autres débats, les adhérents ont pris la décision d’ouvrir et de transformer leur organisation pour la rendre accessible à tous. La CFDT célèbre actuellement le premier congrès de l’évolution qui eut lieu les 6 et 7 novembre 1964. La déconfessionnalisation de la CFTC ne s’est pas faite en un jour. Elle est le fruit de beaucoup de travail, de réflexions, d’analyses, de confrontations dures, violentes même, entre militants dans les départements et dans les fédérations.

Depuis 1919, date de la constitution de la CFTC, bien des événements, sociaux, économiques, politiques, sont intervenus à travers lesquels les militants se sont engagés courageusement. Certains y ont laissé leur santé, leur vie.
Deux guerres ont contribué à transformer les mentalités à l’intérieur de l’organisation : la guerre de 39-45 avec l’occupation du pays par les nazis et la guerre coloniale de l’Algérie.

La dissolution par Pétain des Confédérations syndicales engendrera clandestinement en 1940 la création du « Manifeste des douze » dans lequel trois responsables confédéraux de la CFTC s’engagèrent : Maurice Bouladoux, Gaston Tessier et Jules Zirnheld. Ce Manifeste publiera notamment six principes essentiels pour le syndicalisme français, en réaction au régime de Vichy, dont notre syndicalisme s’inspire en grande partie encore aujourd’hui :
- « A. Il doit être anticapitaliste et, d’une manière générale, opposé à toute forme de l’oppression des travailleurs.
- B. Il doit accepter la subordination de l’intérêt particulier à l’intérêt général.
- C. Il doit prendre dans l’État toute sa place et seulement sa place.
- D. Il doit affirmer le respect de la personne humaine, en dehors de toute considération de race, de religion ou d’opinion.
- E. Il doit être libre, tant dans l’exercice de son activité collective que dans l’exercice de la liberté individuelle de chacun de ses membres.
- F. Il doit rechercher la collaboration internationale des travailleurs et des peuples. »

En 1943 sera créé le Conseil national de la Résistance, avec la participation de deux représentants syndicaux : Louis Saillant pour la CGT et Gaston Tessier pour la CFTC qui fut aussi un grand résistant.

Une armature de militants

L’Église catholique, qui avait fondé de gros espoirs pour développer une collaboration de classe dans laquelle elle se retrouvait dans les premières décisions du maréchal Pétain et que des cardinaux avaient soutenue jusqu’en 1943, se retrouvera à la fin de cette guerre plutôt déstabilisée, tandis que le parti communiste et la CGT seront à leur apogée.

C’est dans cette période de l’après-guerre que commenceront à apparaître dans les usines des prêtres ouvriers, mais aussi de jeunes militants formés, venus pour la plupart de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), chrétiens mais opposés à une emprise de l’Église. Ils s’investiront dans le syndicalisme, avec des conceptions fondamentalement différentes de celles de leurs aînés. Autour de Paul Vignaux, un intellectuel créateur du SGEN (éducation nationale), des militants de Saint-Étienne (René Mathevet, Marcel Gonin), de Nantes (Gilbert Declercq), des Parisiens (Albert Détraz, Jacques Delors notamment) et d’autres s’engageront dans un travail de réflexion et d’information avec les cahiers de « Reconstruction ».

Dans ces années 45-55, beaucoup de responsables, militants de la CFTC, sont aussi investis dans le MRP (Mouvement républicain populaire) de sensibilité catholique. Créé après la guerre par Georges Bidault dans le but de rassembler ceux, chrétiens, qui durant la guerre avaient eu un comportement libérateur, le MRP s’est construit avec l’armature constituée par des militants de la CFTC qui étaient en responsabilité.

Métallurgiste du Nord

La guerre d’Algérie (1955-1962) viendra définitivement rompre l’abcès. De nombreux jeunes militants, dans les UD et des fédérations, n’hésitent plus à s’opposer au colonialisme et réclament la paix et l’ouverture de négociations avec les Algériens en lutte. Certains offrent l’hospitalité à des dirigeants algériens. Au contraire, les dirigeants du MRP se prononcent fermement pour l’Algérie française. Les positions de Bidault et de son parti se confondront avec celles des généraux félons et de l’OAS. Bidault s’exilera plusieurs années. Dès lors, de fortes tensions vont s’intensifier dans la CFTC à tous les niveaux. Progressivement, et parfois dans la douleur, des structures passeront aux mains de ces jeunes militants, qui n’hésiteront plus à se prononcer pour un autre type de syndicalisme ouvert à chacun et à tous.

Durant toute cette période de débats, des positions se prendront dans les congrès de plus en plus en faveur de la « déconfessionnalisation » de la CFTC. Pourtant, cette orientation en faveur de la laïcité ne faisait pas l’unanimité dans l’organisation et les débats dans plusieurs fédérations ne se réglèrent jamais, ou peu, par des compromis.
Les représentants des régions du Nord-Pas-de-Calais et ceux d’Alsace, en particulier les syndicats de mineurs, restèrent arc-boutés en faveur du syndicat chrétien.

Le congrès extraordinaire votera pourtant par 70,11 % la transformation fondamentale de l’organisation, qui se nommera dorénavant CFDT. Son premier secrétaire général sera le métallurgiste du Nord issu des rangs de la JOC : Eugène Descamps.

Dossier réalisé par Georges Goubier, en collaboration avec Jean-Pierre Moussy et Daniel Druesne

Congrès novembre 1964 à Paris (photo archives CFDT)