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La genèse de l’idée de retraite, de Colbert à Laroque


Si la retraite apparaît aujourd’hui comme le corollaire d’une vie active, il n’en a pas toujours été ainsi. Pendant des siècles, le sort des vieillards relève de la solidarité intergénérationnelle ou de la charité des organismes religieux ou parfois d’un secours professionnel comme celui des corporations au Moyen Âge. La notion même de retraite a été très lente à émerger.

Le mot relève d’une sémantique militaire. En France, les toutes premières pensions seront versées en 1673 aux marins de la Marine royale. Colbert veut, en créant la Caisse des Invalides de la Marine, fidéliser les meilleurs soldats pour la flotte de guerre. Puis un siècle plus tard on distingue invalidité et vieillesse et le dispositif des pensions est élargi à ceux qui servent la royauté : militaires, administratifs, ecclésiastiques. La pension de retraite apparaît comme une forme de récompense pour les serviteurs de l’État. Par contre, à la Révolution en 1791, un droit fondamental à l’assistance pour tous est proclamé mais reste à l’état de principe !

De la récompense aux droits sociaux

La notion de retraite va peu à peu s’imposer comme un droit social tout au long du XIXe siècle. L’espérance de vie augmente, la natalité décline, l’exode rural disjoint les familles et le nombre de personnes âgées sans secours grandit. Mais les réponses à cette question sont multiples et inégales. En 1853 est créée une retraite des fonctionnaires avec même pension de réversion. Certains patrons sociaux (Godin, Michelin, Menier…) créent dans leur entreprise un système d’aide aux ouvriers qui ne travaillent plus. Bénéficient aussi d’une retraite les employés des compagnies de chemin de fer dès 1850, les mineurs en 1897, les ouvriers des arsenaux en 1909… Mais dans une France très rurale, paysans, ouvriers agricoles, artisans ne sont pas concernés. Et tandis que l’Allemagne de Bismarck a mis en place, dès 1883, un système d’assurance obligatoire pour la maladie et la vieillesse, la IIIe République est de plus en plus souvent interpellée sur ce problème.

Vers l’État-providence

En 1910, pour la toute première fois, l’idée d’un droit à la retraite universel prend corps avec la loi sur les Retraites ouvrières et paysannes mais la cotisation n’est pas obligatoire. De plus, comme la plupart des régimes, il fonctionne par capitalisation. Les sommes collectées sont placées et les intérêts redistribués. L’inflation, qui naît avec la guerre, rend ce système obsolète. En 1930, le gouvernement Tardieu institue un régime d’assurance vieillesse pour les salariés modestes. Il est obligatoire et fonctionne en partie par répartition, les actifs cotisent pour les retraités. Mais c’est après la Seconde Guerre mondiale que le Conseil national de la Résistance crée la Sécurité sociale. Il s’inspire du rapport anglais de Lord Beveridge qui, en 1942, souhaite une protection sociale généralisée reposant sur la solidarité. Pierre Laroque, nommé par le ministre du Travail Parodi, est chargé dès septembre 1944 de mettre en œuvre le plan français pour « garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature » et, pour les retraites, est adopté le système par répartition, source de solidarité entre les générations. Les bénéficiaires des régimes antérieurs, dits régimes spéciaux, obtiennent de maintenir, temporairement puis définitivement, leurs avantages. De plus, en 1949, les commerçants, artisans, professions libérales créent leurs propres régimes.

Ainsi, en France, le droit à la retraite pour tous s’est construit très lentement, par empilements, par strates successives, avec des différences sur les cotisations, les âges de départ et le montant des pensions, car il est le résultat de plusieurs siècles d’histoire sociale et politique.

Françoise Berniguet

Colbert a créé la première caisse de retraite en 1673.