Stats et études


La monnaie locale : gadget ou innovation sociale ?


Créer une monnaie locale, ancrée sur un territoire, créatrice de lien social, porteuse d'une économie non spéculative, monnaie utilisée par des citoyens unis autour d'un projet éthique. Les monnaies se multiplient. Modes ou nouveau mode de vie ?

Loin d’être une utopie, la monnaie locale devient une réalité grandissante pour beaucoup d’entre nous. Qu’on se souvienne. Dans les années 1990, on a vu se développer des monnaies sociales basées sur des échanges-temps comme les SEL (systèmes d’échanges locaux) ou les RERS (réseaux d’échanges de savoir) ou le KIPPU au Japon pour l’aide aux personnes âgées. On pourrait les comparer aux tickets restaurants ou aux bons d’échanges.

Aujourd’hui, se développent les monnaies complémentaires, plus d’une vingtaine en circulation en France : l’épi, le sol, l’abeille, la pêche, l’héol, le Galleco, le retz, le Reu, la luciole… et une trentaine en construction. Et dans le monde, il en existe plus de 5 000.

Pourtant seul l’État peut frapper monnaie ! Mais une association peut créer sa monnaie pour ses membres, cela ayant été validé par la Banque de France. Il suffit alors, de créer des outils qui répondent aux valeurs de l’économie sociale et solidaire. Et par là de répondre aux besoins du territoire sans créer de besoins inutiles, soutenir les acteurs locaux, le développement des ressources locales ou, pour les entreprises, prendre le statut de SCIC (société coopérative d’intérêt collectif).

30 sols par mois

Le SOL en 2006 est la première monnaie complémentaire adossée à l’euro. Par son intégration au programme européen EQUAL pour des financements de projets innovants visant à combattre les discriminations et réduire les inégalités pour une meilleure cohésion sociale (50% de fonds européens, 30% des collectivités territoriales, 20% de ressources privées), il a acquis le soutien des municipalités.

Promu par celle de Toulouse, le SOL toulousain ne cesse de grandir. Un fonds de réserve est créé au Crédit Coopératif et au Crédit Municipal pour rassurer les prestataires mais aussi pour aider aux financements de nouveaux projets.

La mairie a mis en place un budget avec des prêts à 0 % pour soutenir les entreprises et les commerçants qui adhèrent à une charte éthique (relations avec les salariés, relocalisation des échanges, produire des biens et des services dans l’enracinement local). Cela dégage aussi des aides aux plus démunis. Tous les mois, 30 sols sont versés aux chômeurs pour aller faire leurs courses dans les entreprises parties prenantes du projet.

Lien social

C’est une monnaie « fondante » non capitalisable. On ne peut pas spéculer, car le SOL perd de sa valeur s’il n’est pas remis dans le circuit au bout de 3 mois. À titre de comparaison sur 100 euros, 5 vont seulement dans l’économie réelle. Le SOL permet une plus grande création de richesses car il tourne quatre fois plus vite que l’euro avec une relocalisation de la gouvernance de la monnaie.

Au-delà de l’enthousiasme du lancement, beaucoup de questions se posent. Ces monnaies deviendront-elles usuelles dans les services publics pour une meilleure participation citoyenne ? Arriveront-elles à créer plus de lien social ? Tous les publics même les plus fragiles arriveront-ils à se les approprier ?

Laissons-leur le temps de concevoir un autre modèle social, environnemental et économique avant de porter un jugement.

Danielle Rived

Pour mieux vous renseigner :

La plateforme d’échange des monnaies complémentaires : http://monnaie-locale-complementaire.net/
Des sites dédiés à la diffusion de l’information/réflexion sur les monnaies locales :
http://monnaiesendebat.org/ et www.sol-reseau.org/