Stats et études


La musicothérapie réactive la mémoire


Le pouvoir de la musique et de la voix sur notre mémoire est surprenant. Les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer retrouvent des facultés qu’on pensait oubliées. Reportage et documentaire sur une expérience innovante.

Ils chantent, partagent leurs souvenirs, écrivent, lisent et composent leur propre chanson et enregistrent un CD. « Ils », ce sont un groupe de patients volontaires touchés par la maladie d’Alzheimer. Chaque semaine pendant deux ans, ces créateurs au grand âge, en accueil et hôpital de jour, se sont retrouvés pour un atelier musical dans les locaux de l’hôpital privé gériatrique des Magnolias (Essonne).

Pilar Garcia, chanteuse et musicothérapeute de l’association Intervalles (1), intervient depuis 13 ans dans l’hôpital et dans l’Ehpad avec des centaines de patients et résidents atteints de troubles cognitifs. L’expérience avec une dizaine d’entre eux s’est transformée en expérimentation, poussée par une directrice innovante, Evelyne Gaussens, et avec le soutien du groupe Humanis et de l’Agirc-Arrco.

Jean-Michel Kuess a réalisé un film (2) sur la création du disque. Le 5 novembre 2013, c’était « la première », en présence de la ministre Michèle Delaunay et de Jérôme Guedj, président du conseil général de l’Essonne, des acteurs et leurs familles, du personnel et de nombreux invités.

Le regard évolue

Le documentaire, produit sur toute la durée du projet, relate la progression et la transformation de chaque personne. La dynamique de groupe stimule la mémoire collective. On découvre la méthode et le savoir-faire de la musicothérapeute qui va bien au-delà de la chanson. La ferveur des patients, leur capacité à participer et à mémoriser leurs créations sont visibles. Tout leur corps s’exprime.

L’image de ces malades n’est plus la même. On est émerveillé avec eux, ils sont heureux. Leur mémoire enfouie se réveille. Des enfants et le personnel soignant sont associés à la démarche. Le regard porté sur cette maladie évolue pour les accompagnants professionnels et familiaux.

Les voix, les sons, la mélodie et les paroles des chansons sont dans une zone du cerveau gravée depuis la naissance et l’enfance, selon les spécialistes présents. La diffusion de pratiques s’inspirant de la musicothérapie est attendue, mais avec les professionnels, les familles et les associations. Visionnez ce film sans modération.

Jacques Rastoul

(1) http://www.association-intervalles.org/musicotherapie/alzheimer/fiche/Batir/
(2) La mémoire qui chante ne fait pas défaut, film de Jean-Michel Kuess, éditions Kapsule, 54 minutes, 20 €, www.kapsulevision.fr, 24, rue Aristide-Briand - 92300 Levallois-Perret, tél. : 01 47 59 57 14.

D’autres approches non médicamenteuses à reconnaître

L’art-thérapie, l’ergothérapie, la socio-esthétique, la zoothérapie… Avec la musicothérapie, d’autres méthodes existent. Elles sont loin d’être reconnues et financées comme activités de soins dans le médico-social, alors qu’elles le sont dans le secteur sanitaire hospitalier. Seules la psychomotricité et la psychologie entrent dans le budget « soins » en Ehpad. D’autres pays européens reconnaissent ces médecines alternatives. La France est en retard et n’applique pas la loi-cadre européenne de 1997 sur la médecine non conventionnelle.