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Le Panthéon de Paris : lieu de mémoire nationale ?


Pendant des siècles, les représentants des pouvoirs politiques ou religieux, rois, princes, évêques, ont eu le bénéfice exclusif des honneurs publics. Or, au cours du XVIIIe siècle, l’Académie française crée un concours d’éloquence où sont célébrés des hommes d’exception. Cette glorification, par le verbe, d’hommes distingués par leurs seules œuvres préfigure le culte des personnalités illustres rendu au Panthéon.

En 1755, le roi Louis XV confie à Soufflot le soin de construire une église consacrée à sainte Geneviève, patronne de Paris. L’imposant édifice en forme de croix latine, surmonté d’une haute coupole se termine en 1791, en pleine Révolution !

L’Assemblée Constituante décide de changer la destination de l’édifice pour en faire un Panthéon civique, réservé aux citoyens illustres, qui seront inhumés dans l’immense crypte. Les cloches sont supprimées, 38 des 42 fenêtres obturées, ce qui confère au bâtiment une atmosphère sépulcrale et au fronton est inscrit : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ».

Au XIXe siècle, le Panthéon est rendu par deux fois au culte catholique mais la crypte reste nécropole. À cette époque, certains avaient souhaité en voir expulser l’anticlérical Voltaire. Le roi Louis XVIII refusa : « Laissez-le, il est bien assez puni d’entendre la messe tous les jours ! » Et ce n’est qu’en 1885, à l’occasion des obsèques grandioses de Victor Hugo, que le monument est définitivement réinvesti de sa destination laïque par la République renaissante.

L’ancienne nef devient un vaste espace dépouillé. En dessous, depuis mai 2015, 75 tombeaux se répartissent dans les sombres profondeurs de la crypte.

Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ! (photo Caroline Rose)

Le choix des « Grands Hommes »

Selon les régimes, les critères de choix ont été fluctuants et certains noms ont créé des tensions. Sous la Révolution, Mirabeau, premier à être inhumé, fut ensuite retiré. Napoléon, en 1806, supprime le caractère exemplaire de l’institution et 43 grands commis de l’État y sont enterrés. (Le ministre Malraux voulant revenir à l’idée du Panthéon civique avait d’ailleurs souhaité retirer les dignitaires de l’Empire. Refus du Général de Gaulle).

Mais en fait, ce sont les Républiques qui vont faire de la « panthéonisation » un moment de glorification des vertus nationales. Sont inhumés des défenseurs de l’idéal républicain (Baudin, Schœlcher, Jaurès…), des savants (Lanvin, Perrin, les Curie…), des écrivains (Zola, Dumas, Malraux…), des défenseurs des droits (Eboué, Cassin…), des créateurs de l’Europe (Monnet…), des résistants (Moulin, Brossolette, Zay…). Et c’est faire injure que ne pouvoir les nommer tous en fonction de leurs mérites. Parfois les choix soulèvent la polémique, ainsi, trop peu de femmes : Marie Curie, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon.

Dans l’hommage rendu aux héros de la Nation, c’est le rituel funéraire, avec transfert ou non des corps, qui reste la norme. Et même longtemps, comme pour les reliques des saints, fut pratiqué pour certains le partage des dépouilles, ainsi seul le cœur de Gambetta est au Panthéon. Mais certains hommages peuvent prendre aussi la forme de plaques commémoratives, plaques nombreuses, dans la nef et dans la crypte.
Quelles significations porte le Panthéon ?

Le Panthéon rend un hommage posthume à des citoyens éminents, magnifie la République et rappelle son passé glorieux. C’est pourquoi, malgré les aléas des choix politiques, le Panthéon devient le dépositaire d’une mémoire républicaine et dessine un des visages de notre identité nationale.
Françoise Berniguet

Quatre vies en Résistance


Pour accompagner l’hommage à Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay, le Centre des monuments nationaux présente l’exposition « Quatre vies en résistance » jusqu’au 10 janvier 2016. Pensée pour être totalement interactive, l’exposition invite les visiteurs à s’interroger, eux aussi, sur ce que nous apprennent les quatre vies en résistance présentées et ce qu’elles nous disent des valeurs de la République.

Le Panthéon est ouvert tous les jours de 10 h à 18 h
www.pantheon.monuments-nationaux.fr