Actu revendicative


Le Refuge : « Tant elle est violente, quitter la rue demande du temps ! »


Depuis novembre 2005, Jean-Pierre Vignaud dirige l'association « le Refuge » à Pantin, en Seine-Saint-Denis, aux portes de Paris. Il y retrouve les questions du logement sous une forme particulièrement aiguë car les personnes sont à la rue.

Le Refuge attache une grande importance à ne pas brusquer les usagers par un rythme qui ne tiendrait pas compte, pour chacun, de sa situation particulière, de sa capacité à se frayer un difficile chemin à travers les institutions. La détente, les échanges, mais aussi le droit au silence, la convivialité autour d’un café, peuvent précéder un début de capacité de bouger, d’avancer, de commencer à se reprendre en main. Un moment encouragé et guetté par l’équipe composée de neuf professionnels et de bénévoles.

Quand on arrive pour la première fois au Refuge, de l’autre côté du périphérique, on est immédiatement confronté à la violence issue de la rue : des gens qui vous regardent de travers, des odeurs parfois prenantes... Passé ce premier moment, on est gagné par les effluves du café, le bruit de la machine à laver. Rapidement quelqu’un, membre de l’équipe ou usager, vient vers vous, vous renseigne, vous oriente.

Diverses catégories de personnes fréquentent l’association : celles que la terminologie politiquement correcte appelle « les grands exclus » : des personnes qui dorment à la rue, souvent atteintes d’une dépendance à l’alcool ou à la drogue ; les sans-papiers venus d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb. Et enfin des personnes qui viennent de Bulgarie ou de Roumanie. Ces diverses catégories d’usagers ne cohabitent pas toujours facilement et l’intervention de notre agent d’accueil et de sécurité est parfois nécessaire.

Petite avancée

Les « printemps arabes » ont eu des incidences sur notre fonctionnement. Beaucoup de jeunes venant de Tunisie, via l’île de Lampedusa, se sont retrouvés à la Porte de la Villette. Nous avons été confrontés, il y a un an, à un drame terrible : six d’entre eux sont morts dans l’incendie d’un squat, à quelques mètres du Refuge.

Durant l’été, les personnes se tiennent dans la cour, le jardin et les salles du rez-de-chaussée. L’hiver, elles se répartissent dans la maison, parfois un peu à l’étroit. Les services d’urgence ou de vie quotidienne sont au rez-de-chaussée : boissons chaudes, laverie, kits d’hygiène. Les services personnalisés sont répartis dans les étages : travail social, infirmerie, suivi psychologique, accompagnement juridique…

Des activités collectives sont proposées : pratiques sportives (football, basketball, natation), pratiques culturelles (sorties au théâtre, au cinéma, au musée, atelier d’art graphique…). Ces activités contribuent au renforcement de la confiance en soi et de l’aptitude à côtoyer les autres.

Le Refuge c’est aussi et surtout la vie : un groupe de musique qui se constitue, mais aussi une personne qui après de longues années de rue accepte un hébergement. Chaque petite avancée est analysée par l’équipe. Avec des allers et retours de la rue à l’hébergement, puis retour à la rue, puis de nouveau un toit.

Jean-Pierre Vignaud

Jean-Pierre Vignaud dirige le refuge depuis 7 ans

210 personnes en hiver

Un petit café avant un cours de français.

Depuis quinze ans, le Refuge accueille pendant la journée des personnes sans domicile. Il reçoit en moyenne 150 personnes par jour. Depuis l’hiver 2008 le Refuge a mis en place pendant la période hivernale des structures d’hébergement temporaire de 60 places chaque hiver.