Stats et études


Le nomadisme des retraités


Partout dans les pays du Nord, on les aperçoit en camping-car, mobile home, caravane. Ils sillonnent les campings, stationnent sur les parkings, quand ils ne s’installent pas à demeure durant plusieurs mois dans des maisons de jardin. Le phénomène se mondialise. Une vie de liberté ?

Les retraités sont très actifs : garde des petits-enfants, bricolage, activités, bénévolat, voyages… Mais en plus, certains diversifient leurs lieux d’habitation entre leurs enfants, leur maison de campagne, leur appartement en ville. D’autres vont jusqu’à acheter une maison mobile, « censée apporter le bonheur de la liberté : partir où on veut, quand on veut » !

On voit de longues files de caravanes partir du Canada à la fin de l’été avec les oiseaux migrateurs, pour aller passer l’hiver sur les plages de Floride. Il en est de même des Européens. Ils se regroupent pour voyager ensemble vers les plages du Maroc. Plus précaires, 700 000 seniors sillonnent les USA dans des caravanes, à la recherche de petits boulots.

Des difficultés administratives

En France, plus de 100 000 personnes vivent au camping à l’année. Qui sont-elles ? Des retraités modestes qui ont décidé de vivre au camping, vie plus économique qu’en appartement et plus créatrice de sociabilité. Ils côtoient une autre population : des salariés en mobile home, célibataires ou en famille, qui ont choisi ce mode de vie temporaire pour accompagner la mobilité exigée par leur employeur (ouvrier sur un chantier, cadre dans une filière de leur entreprise, étranger embauché pour une mission…). Ils croisent également des allocataires de minima sociaux, qui se retrouvent au camping suite à des ruptures professionnelles ou personnelles.

On aménage les alentours de sa caravane, on plante un petit jardin. Avec du bois de récupération, du grillage, on invente des lieux de vie de plein air pour inviter les voisins, pour ranger son outillage… On s’entraide, on se rend des services. Certains partent pour quelques mois, reviennent. Une nouvelle société se crée, d’éphémère elle devient, avec le temps, de plus en plus pérenne.

Contrairement à ce que l’on imagine, la vie en maison mobile est très réglementée. La loi de janvier 1969 désigne comme « gens du voyage » toute personne vivant plus de six mois par an en résidence mobile terrestre.

Mais face à ce phénomène de société et au manque de logements, les maires ferment les yeux sur certaines irrégularités. Les responsables de camping collectent le courrier, malgré la loi de 1972 qui interdit de louer un emplacement à l’année. Toute installation de résidence mobile de loisir autre que parc résidentiel, terrain de camping, village de vacances doit se faire sous un autre statut légal. Cela nécessite une autorisation ou un permis de construire. Ainsi, on n’a pas le droit de s’installer sur un terrain ou un jardin privé.

Sous certaines conditions

Pour les caravanes immobiles de plus de trois mois, on doit faire une déclaration à la mairie pour cause de travaux (nécessité de l’accord du maire et de la direction départementale de l’équipement).

La loi Duflot de juin 2013 accorde une première reconnaissance de ces modes de vie. La loi fait une ouverture sur ces nouvelles formes d’habitat (yourte, tipi, roulotte, mobile home, caravane), pour les encadrer par des règles d’urbanisme. La résidence mobile ou démontable pourra être reconnue comme habitat permanent, sous plusieurs conditions (réversibilité de l’habitat : rester mobile ; autonomie vis-à-vis des réseaux : eau, électricité, assainissements collectifs ; sécurité : propreté, salubrité, entretien des lieux). Elle pourra avoir une adresse officielle et être installée en zone non constructible, après accord du maire, voire du préfet…

Danielle Rived