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« Le point commun de toutes nos campagnes est la défense des travailleurs surexploités »


Au moment où « Éthique sur l’étiquette » va fêter ses vingt ans, l’occasion est belle de retracer un parcours émaillé de campagnes aux titres évocateurs : « achats publics, achats éthiques », « exploiter n’est pas jouer ! » avec Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, qui est le nouveau président du collectif.

Comment fonctionne le collectif ?

« Éthique sur l’étiquette », qui va fêter ses vingt ans en décembre, est un regroupement d’organisations syndicales et de solidarité internationale, autour de campagnes menées par ses associations adhérentes impulsées par le collectif. Ces actions sont relayées sur le terrain par des comités locaux regroupant les membres des organisations qui constituent le collectif et des personnes volontaires. Le collectif vient d’ailleurs de tenir une rencontre de ses comités.

Quelles ont été les campagnes les plus marquantes ?

Le point commun des campagnes que nous menons depuis deux décennies est la défense d’hommes et de femmes surexploités dans leur travail dans les pays du Sud. Ces actions sont menées dans le cadre de la « Clean clothes campaign » européenne, dont « Éthique sur l’étiquette » est le représentant en France. Dans nombre de pays en effet comme le Bangladesh, le Cambodge, la Turquie…, des travailleurs, notamment du textile, sont soumis à des conditions de travail insupportables pour des salaires dérisoires empêchant toute vie décente. D’où notre campagne « soldées » demandant aux commanditaires d’exiger de leurs sous-traitants d’appliquer un salaire minimum vital - différent du salaire minimum légal généralement très faible - déterminé selon les données de chaque pays par un cabinet d’experts. En France, nous avons rencontré les grands groupes impliqués comme Carrefour, Pimkie, Decathlon, mais jusqu’ici les résultats sont très limités. Nous ferons un bilan de ces rencontres en janvier.

Quels sont vos projets pour 2016 ?

2016 sera une année d’événements sportifs importants comme les Jeux Olympiques au Brésil ou la coupe d’Europe de football en France. Actuellement, nous finalisons une campagne autour du vêtement sportif, des marques et des conditions sociales de production.

L’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013 a provoqué la mort de 1 129 personnes et des milliers de blessés. Aujourd’hui, les victimes sont-elles été indemnisées ?

Ce drame est resté gravé dans toutes les mémoires. Non seulement les règles élémentaires de sécurité n’avaient pas été respectées, mais la plupart des commanditaires s’étaient opposés au départ au principe d’indemnisation. Des mois de campagne ont fait évoluer la situation, un fonds de 30 millions de dollars a été constitué et est en cours de distribution. En France, les difficultés persistent cependant avec le groupe Auchan qui, malgré les étiquettes trouvées sur place, nie son implication. Un collectif d’avocats a déposé plainte au nom de plusieurs associations, dont le collectif ESE en avril 2014, et, pour relancer cette plainte, nous avons fourni de nouveaux éléments à la justice début 2015.

Le drame du Rana Plaza à l’origine du texte de loi.

Où en est le projet de loi : « Le devoir de vigilance des entreprises » ?

Il fait suite à ce drame du Rana Plaza. Nous en sommes à une deuxième version de ce texte, très édulcoré à la demande de Bercy par rapport au texte initial soutenu par tous les groupes de gauche de l’Assemblée. Il a été adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, mais vient d’être rejeté par le Sénat où la majorité de droite s’y est opposée. Nous poursuivons notre action conjointement avec les autres organisations engagées dans ce combat pour que le texte revienne sans tarder en deuxième lecture à l’Assemblée et reste suffisamment ambitieux malgré le lobbying intense des grandes entreprises.

Propos recueillis par Jean-Paul Rueff

Pour en savoir plus :

www.ethique-sur-etiquette.org