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Les femmes de 60 ans, le tabou du féminicide


Selon le journal L’Express, près d’un quart des femmes tuées par leur conjoint en 2019 ont plus de 60 ans. Or, les annonces issues des débats et les propositions gouvernementales n’abordent en rien ce phénomène spécifique.

« Le Grenelle des violences conjugales » s’est ouvert le 3 septembre 2019, pour tenter d’enrayer le fléau des violences conjugales. Une partie du gouvernement, notamment le secrétariat d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, mais aussi différentes associations de défense des droits des femmes, des représentants des familles de victimes, des magistrats, des policiers ont été conviés à débattre. Dix groupes travaillent sur tous les thèmes concernant ce sujet. En parallèle se tiennent 91 Grenelles dans les départements à l’initiative des préfets.

Le 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, de nouvelles dispositions devraient être annoncées par le gouvernement suite aux débats de ces groupes de travail. D’ores et déjà, la secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a annoncé la création d’un fonds d’un million d’euros pour financer les associations locales, montant jugé très insuffisant par ces dernières. Une loi sur le bracelet d’éloignement contre les hommes violents pourrait s’appliquer dès 2020, des places temporaires d’hébergement seraient proposées et des dispositions mises en œuvre pour l’accueil et l’écoute des femmes dans les commissariats.

L’invisibilité des femmes de 60 ans et plus

Sur les 100 femmes tuées entre janvier et septembre 2019, 37 femmes avaient plus de 60 ans, dont 26 plus de 70 ans. Début septembre, dans le Tarn, une femme de 92 ans succombait sous les coups de poing et de canne de son mari de 94 ans.

S’il est admis que dans la plupart des cas ces meurtres sont commis par des maris ou compagnons violents, les causes restent peu ou mal reconnues. Minimisées, elles sont souvent reconnues comme une ultime union du couple jusque dans la mort lorsque l’homme ensuite met fin à ses jours. Dans certains cas, on peut s’interroger. Nous avons tous en tête ce superbe film Amour de Michael Haneke, sorti en 2012, avec le couple Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva. S’agit-il d’un crime ? Au regard de la loi, oui indéniablement. S’agit-il d’un acte d’amour, au regard des spectateurs, oui sans aucun doute. Comment trancher, on touche là à la profonde intimité du couple.

Trouver sa place à l’heure de la retraite

Les deux doivent réapprendre à vivre ensemble, dans une nouvelle proximité. Quand on a vécu des années de travail, élevé et éduqué les enfants, ne se retrouvant que les week-ends, chacun doit trouver sa place à l’âge de la retraite. Parfois on a plus de mal à se supporter, les disputes éclatent, les coups parfois.

Les femmes âgées peuvent être dans la dépendance et la soumission en raison d’une activité professionnelle mal rémunérée ou à temps partiel qui les prive de toute autonomie financière. La maladie de l’un ou de l’autre est aussi un facteur aggravant. Et surtout les femmes âgées ne parlent pas, surtout si elles sont dans la violence depuis des années. Les médecins ne posent pas systématiquement la question de la violence lors d’une chute par exemple.

La CFDT, dans un communiqué du 2 septembre 2019, demande des engagements, suite au Grenelle des violences conjugales, un véritable plan d’action interministériel et une augmentation significative des financements pour les associations engagées dans la lutte contre ces violences.

Georges Goubier

Le silence des femmes devant la violence.