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Les friches industrielles au service des arts


C’est un événement unique en son genre. Une ancienne entreprise tombée en désuétude et vouée à la destruction, devient la Nouvelle comédie de Saint-Étienne, en offrant ses murs au centre dramatique national Jean-Dasté.

Partis à la retraite ou licenciés, les salariés de « la Stéphanoise » avaient dû tirer un trait définitif sur leur entreprise. Quelques-uns se retrouvaient pour parler de ce passé industriel, de ces réalisations gigantesques fabriquées dans cette usine. En 2003, date du dépôt de bilan, les illusions étaient tombées, la mondialisation était passée par là, l’entreprise avait dû définitivement fermer ses portes.

Devenue une friche industrielle comme tant d’autres dans la région et le pays, personne n’aurait misé un kopeck sur ces murs livrés aux tagueurs et aux herbes sauvages. Et pourtant, quelqu’un a lancé le projet inespéré de faire revivre ces lieux avec le théâtre.

La Société Stéphanoise de construction mécanique fabriquait du matériel de guerre

Créée en 1912, la Société Stéphanoise de construction mécanique démarre sur des objectifs peu glorieux : fabrication de matériel de guerre. La désastreuse guerre de 14-18 permet aux administrateurs de se frotter les mains sur le plan économique. Dès 1913, décision est prise d’agrandir les locaux : une chaudronnerie et une fonderie sont créées. Puis, en 1917, élargissement de l’atelier mécanique pour la fabrication d’obus. Cette guerre aura permis un essor extraordinaire de l’entreprise qui se répétera, d’ailleurs, quelques années plus tard, avec la Seconde Guerre mondiale.

Mais chez Clair, du nom du premier directeur, on ne met pas tous ses œufs dans le même panier. Les mines de charbon sont à leur apogée ; les Charbonnages de France sont demandeurs de modernisation, de nouvelles mécanisations pour l’exploitation des galeries sont nécessaires.

La Stéphanoise va bâtir sa notoriété sur des projets évolutifs dans le temps. Des machines gigantesques sortiront de ses ateliers pour équiper les mines françaises, mais aussi dans le monde entier, Afrique, Amérique du Sud, URSS, etc.

Syndicalement, les salariés sont bien organisés

Parallèlement, elle fabriquera des transporteurs de matériaux de plusieurs kilomètres de longueur. À son apogée, dans les années 1960-1970, elle comptera plus de 700 salariés.

Syndicalement, les salariés sont bien organisés avec CFDT, CGT et CGC. Dès la Seconde Guerre mondiale, un système de salaire avec intéressement aux bénéfices est instauré sous le nom de « salaire proportionnel ». Parfois, le salaire de base est doublé, suscitant des jalousies dans les entreprises avoisinantes et une inquiétude chez les patrons qui voient là un risque de revendications. Ces derniers s’organiseront pour prendre le pouvoir dans le conseil d’administration et mettre ainsi fin à cet eldorado salarial qui dura près de quatre années.

Les voix des comédiens succèdent aux bruits des marteaux

Aujourd’hui, le centre dramatique national Jean-Dasté est installé dans les murs de l’ex-Stéphanoise. Il est composé d’un grand hall d’accueil du public, de deux salles de spectacle, dont l’une porte le nom de l’entreprise, et de salles annexes.
Les ex-salariés de l’entreprise, retrouvés par le bouche-à-oreille, avec le centre social du quartier se sont investis dans la confection d’une exposition qui relate tout ce passé extraordinaire (*).

Dorénavant, les voix des comédiens, acteurs et autres chanteurs lyriques succéderont aux bruits des marteaux, des burins, des froissements de tôles. Combien d’ouvriers y auront perdu leurs tympans par absence de protection ? Mais c’était une autre époque…

Geo Goubier

*Cette exposition sera présentée dans le grand hall de la Comédie à l’occasion des journées du patrimoine.

Quand la Société Stéphanoise de construction devient un théâtre.