Action internationale


Pays à risques pour les droits syndicaux


La Confédération syndicale internationale (CSI) a rendu en juin dernier son rapport 2013 sur la violation des droits syndicaux dans le monde durant l'année 2012. La situation déjà critique dans de nombreux pays ne s'améliore pas. Exactions de toutes sortes contre les militants syndicaux, atteintes aux droits fondamentaux perdurent dans de trop nombreux pays.

Cette année la CSI tout en continuant à dresser son panorama mondial a choisi de mettre en exergue sept pays considérés à risque.

À Bahreïn, après un temps d’espoir en 2002 traduit par la création d’un syndicalisme libre, un coup d’arrêt est intervenu en 2011 après une manifestation sauvagement réprimée. Le gouvernement a tout mis en œuvre pour démanteler le mouvement syndical en place. Des centaines de membres syndicaux et dirigeants ont été renvoyés, certains même poursuivis. Aujourd’hui plusieurs dirigeants sont emprisonnés voire torturés. Nombre de travailleurs licenciés suite à des grèves n’ont toujours pas été réintégrés.

En Birmanie/Myanmar un assouplissement concédé par le régime militaire avait notamment permis la création de syndicats en 2013. Hélas ces nouveaux droits se révèlent très inférieurs à ceux garantis par la convention de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur la liberté syndicale (n°87). Dans les faits, le constat est désolant : travailleurs voulant créer un syndicat déplacés de force, représailles contre des militants syndicaux, processus de conciliation non respectés. Pas de doute il reste fort à faire.

La Géorgie après avoir ratifié plusieurs conventions de l’OIT sur le droit syndical et du travail s’est attachée à vider les textes de leur contenu. Afin d’essayer de mettre le syndicalisme au pas, le gouvernement a multiplié les actions répressives antisyndicales telles qu’interventions policières pour briser des grèves, pressions pour faire renoncer à l’adhésion syndicale, rétention des cotisations syndicales, menaces de mort, constitution de syndicats « jaunes ».

Aux Fidji, sous régime militaire depuis 2006, les droits fondamentaux sont mis à mal en vertu d’un état d’urgence. En 2011, des militants syndicaux ont ainsi été brutalisés par des officiers militaires. D’autres sont poursuivis en raison de leur activité syndicale, parfois suspendus de leurs fonctions. En septembre 2012, une mission de l’OIT chargée de vérifier les plaintes de syndicats a été purement et simplement chassée du pays.

Le Guatemala, en dépit d’engagements gouvernementaux, fait clairement partie des pays symboles de la violence antisyndicale. Ainsi, depuis 2007, au moins 53 dirigeants et membres syndicaux ont payé de leur vie leur engagement syndical. Au cours du seul mois de mars 2013 trois syndicalistes ont été tués. À l’instar de la Colombie – pays du monde le plus dangereux pour les syndicalistes où 18 syndicalistes ont été assassinés et 359 menacés de mort en 2012 – le danger est quotidien.

Dans un Swaziland miné par la pauvreté le régime monarchique absolu use de tous les moyens pour saper le syndicalisme légitime. Malgré la reconnaissance de droits sociaux et syndicaux, les grèves sont interdites en vertu de textes sur l’ordre public et le terrorisme. Le gouvernement refuse de reconnaitre la centrale syndicale actuelle privant les travailleurs indépendants de toute participation aux instances de dialogue social. Afin de contrecarrer le syndicalisme libre, le régime a mis en place d’autorité un organe censé représenter les travailleurs swazis.

Au Zimbabwe là aussi malgré des lois reconnaissant le fait syndical, on constate une multiplication des entraves à son exercice. Ainsi la police et les services de renseignement espionnent les syndicats. Et pour empêcher toute action ils usent d’une large gamme de dispositifs antisyndicaux : interventions policières contre les grèves, ingérences dans les activités syndicales, blocage à la constitution de syndicats, harcèlement de militants, rétention de cotisations syndicales constituent des pratiques courantes.

Jean-Paul Rueff