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Que risque-t-on de manger demain ?


C’est un secret de polichinelle, mais c’est tout de même un secret. Des discussions sous le manteau entre Washington et Bruxelles tentent un rapprochement entre les règles des USA d’un côté et celles de l’Union européenne de l’autre, à propos des sécurités sanitaires alimentaires.

L’enjeu de cette négociation est considérable : il s’agirait de créer un énorme bloc de production alimentaire planétaire en capacité de domination face à la Chine, Inde, Russie, Brésil, Afrique du Sud*.

Cependant, deux énormes divergences apparaissent dans ces discussions. Et on voit mal quel compromis pourrait en ressortir. Et s’il en apparaissait malgré tout un, il ne serait pas en faveur des consommateurs européens, qui bénéficient d’une protection réglementaire plus exigeante pour leur sécurité sanitaire.

La première difficulté vient du statut de ces négociations. En principe, ce sont les États, USA d’un côté et Union européenne de l’autre, qui discutent. Mais en réalité, les multinationales américaines ont la haute main sur les représentants des USA. Ce sont elles, discrètement, qui se plaignent que les normes sont trop contraignantes et pas suffisamment libérales. Ceci fait réagir des responsables écologiques, qui n’hésitent pas à dire que l’on irait vers un affaiblissement des normes européennes et que l’harmonisation de ces normes s’effectuerait par le bas.

Abandonner ou renforcer ?

La seconde découle de la première. Pour être plus libérales, ces normes doivent être porteuses de moins de contraintes. Voyons à travers quelques produits phytosanitaires ce que l’industrie américaine attendrait de l’Europe :
- tolérance plus importante pour les traces d’OGM dans l’alimentation, le fourrage et la transformation ;
- abandon de l’interdiction des volailles et des porcs alimentés aux OGM, remplacement de l’étiquetage sur la présence d’OGM par un étiquetage sur l’absence d’OGM ;
- hormones de croissance : abandon de l’interdiction du bœuf aux hormones ;
- abandon de l’interdiction du bœuf et du porc à la ractopamine* ;
- abandon de l’interdiction du poulet et de la dinde lavés au chlore ;
- abandon de l’interdiction des viandes de bœuf et de porc lavées à l’acide lactique au-delà de l’étape de la carcasse ;
- suppression des obligations de dépistage des trichines dans la viande de porc ;
- cerises : abandon ou assouplissement de l’obligation de prouver l’absence de pourriture brune ;
- mollusques : abandon de l’interdiction sur les mollusques d’origine américaine ;
- perturbateurs endocriniens : fin de l’interdiction des produits chimiques (utilisés dans la production alimentaire ou les emballages) qui affectent le système endocrinien.

Et la liste n’est pas close…

La question que devraient se poser les Européens est la suivante : faut-il, au bénéfice hypothétique d’une légère création d’emplois et d’une petite remontée du PIB, accepter d’abandonner des règles de sécurité auxquelles les citoyens consommateurs sont très attachés ? Ou, au contraire, faut-il ouvrir des négociations avec d’autres pays qui accepteraient de souscrire, voire de renforcer les normes qui nous protègent ? Il serait inquiétant et inadmissible de voir les institutions politiques et les élus du peuple se soumettre aux dictats des grandes entreprises industrielles.
Dans ce domaine aussi, la démocratie pourrait être en danger.

Georges Goubier

*voir Fil Bleu n° 231 p. 10, article de J.-P. Moussy*. La ractopamine est un médicament utilisé pour gonfler la teneur en viande maigre chez les porcs et les bovins.