Actu revendicative


Quel avenir pour les retraites ?


L'avenir des retraites se retrouve à nouveau au cœur de l'actualité. Nous avons demandé à Jean-Louis Malys, secrétaire national CFDT chargé du dossier retraites, le pourquoi et le comment de la nouvelle réforme annoncée.

Fil Bleu. Le Conseil d’orientation des retraites (Cor) vient de publier deux rapports sur l’avenir des retraites. Que retenir ?

Jean-Louis Malys. Le rapport financier publié fin 2012 confirme le poids de la crise dans la dégradation des comptes des régimes de retraite. Il montre que la loi de 2010 n’a pas apporté de réponse durable aux besoins de financement, soit 20 à 25 milliards d’euros en 2020. Le second rapport brosse un bilan qualitatif des retraites en France. Il montre que le système est devenu partiellement inadapté à la réalité des parcours professionnels et des parcours de vie des salariés d’aujourd’hui.
D’une part, les règles de calcul des pensions pénalisent les bas salaires et les carrières précaires. Les inégalités sont accrues par des mécanismes en apparence généreux, qui concernent aussi bien la durée d’assurance que le salaire de référence.
D’autre part, le rapport montre que les solidarités sont souvent insuffisantes ou mal ciblées. La compensation des périodes de chômage est parcellaire si la carrière est précaire. La pénibilité n’est pas prise en compte. Toutes les carrières longues ne permettent pas un départ anticipé. Les droits à la retraite accordés aux pères et aux mères de famille génèrent dans certains cas d’importantes redistributions à l’envers.

Fil Bleu. La CFDT revendique une réforme globale. Face à une situation brutalement dégradée, est-elle encore d’actualité ?

Jean-Louis Malys. La situation se dégrade du fait de la hausse continue du chômage, du papy-boom et de la hausse de l’espérance de vie. Les difficultés s’accumulent : un simple replâtrage ne donnera pas confiance dans notre système de retraite par répartition. Lorsque nous parlons de réforme globale, ou systèmique, nous n’imaginons pas un big bang des règles. Nous disons qu’agir sur les seuls paramètres (âge-durée, cotisation, niveau des retraites) aboutit à creuser les inégalités. Il faut donc s’attaquer au coeur du système pour corriger les effets nuisibles et donner plus de visibilité aux droits que les salariés acquièrent tout au long de leur carrière. C’était dèjà la logique qui a abouti à obtenir les carrières longues... Il faut s’attaquer aux effets des carrières précaires, souvent féminines, à la pénibilité et aux situations de certains polypensionnés. En n’agissant « bêtement » que sur les paramètres, on ne règle pas ces situations, on les aggrave.

Fil Bleu. Le président de la République annonce une réforme en 2013. Que sera l’objectif de la CFDT dans la concertation annoncée ?

Jean-Louis Malys. La réforme de 2010 était injuste et inefficace. Nous avions dit qu’une nouvelle réforme serait nécessaire avant 2018. Nous avions obtenu un amendement prévoyant une mise à plat en 2013. Le gouvernement doit accepter d’aller au bout de cette mise à plat. La « commission pour l’avenir des retraites » doit s’appuyer sur les rapports du Cor et ouvrir toutes les pistes possibles. Notre objectif sera d’améliorer la visibilité des droits accumulés, de mieux flêcher des mécanismes dits de solidarité comme certains avantages familiaux qui profitent davantage aux retraités aisés et aux hommes qu’aux femmes et aux foyers modestes. La question de l’équilibre financier des régimes est également centrale. Les cotisations issues du travail doivent générer des droits mais le financement des mécanismes de solidarité doit être assuré par une assiette élargie aux revenus du capital.

Propos recueillis par Claude Wagner

Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT