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La pénibilité cause de mauvaise santé


Les personnes qui ont été exposées à des conditions de travail pénibles sont plus nombreuses à se déclarer en mauvaise santé à l’approche de la retraite.

Quelle solution pour Pierre, 55 ans, ajusteur dans la métallurgie, qui ne peut plus ramper dans des tuyaux pour cause d’un problème aux vertèbres ? Que dire à Bernard, 56 ans, maçon dans une PME, qui suite à plusieurs accidents du travail a des problèmes de cœur, et de Marie, 57 ans, employée dans une laverie industrielle, qui travaille dans la vapeur à 40 degrés et qui ne peut plus lever les bras pour accrocher sur des cintres les vêtements nettoyés. Autour de nous, nous constatons de plus en plus de cas de pauvreté des préretraités. Moins on est formé, moins on est qualifié, et plus on est vulnérable. La suppression progressive de la dispense de recherche d’emploi (DRE), l’intensification du travail, les restructurations avec leurs licenciements, les fins de contrat pour rupture conventionnelle ont contribué à augmenter le nombre de chômeurs, de personnes en minima sociaux ou en invalidité, malgré le maintien du dispositif carrières longues qui a permis, depuis 2012, à 650 000 personnes qui ont commencé à travailler avant 20 ans de partir plus tôt à la retraite.

Disparités dans l’accompagnement

Difficile quand on travaille dans une petite entreprise de faire reconnaître une incapacité de travail. Cela prend beaucoup de temps, des contrôles, des suspicions. On traîne en petites maladies sans être rémunéré les 3 premiers jours (délais de carence), puis les collègues se détournent car ils ne peuvent plus gérer vos baisses de productivité, et les problèmes avec l’employeur surgissent, il vous trouve de moins en moins efficace, avant de vous envoyer la lettre de licenciement. Au-delà des problèmes financiers, c’est difficile psychologiquement de ne plus être reconnu alors que l’on a travaillé souvent plus de trente ans dans la même entreprise. Dans les grandes entreprises, plusieurs dispositifs sont mis en place pour aménager les fins de carrière, comme le contrat de génération. Les partenaires sociaux peuvent négocier plusieurs accords : action d’adaptation au poste de travail, entretien professionnel, validation des acquis de l’expérience, compte personnel de formation, plan d’action en faveur de la prévention de la pénibilité, accord de qualité de vie au travail, négociation de la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), négociation sur la possibilité de surcote pour le temps partiel en finançant les cotisations d’assurance vieillesse comme un temps plein, retraite progressive, départ anticipé à la retraite… Autrement dit, ceux qui ont un poste de travail peuvent le garder plus longtemps s’ils ont la chance de bénéficier de dispositifs d’accompagnements dans leur entreprise.

Ceux qui perdent leur poste de travail, ne peuvent pas retrouver du travail et vivent grâce au revenu de leur conjoint, d’un arrêt maladie qui se prolonge, de l’allocation chômage dans un premier temps, de minima sociaux ou de petits boulots.

Les personnes de plus de 60 ans qui touchent le RSA (revenu de solidarité active), l’AAH (l’allocation adulte handicapé), l’ASS (allocation de solidarité spécifique) pour les chômeurs en fin de droits, ont fortement augmenté ces dernières années. Ces situations difficiles ont une conséquence désastreuse sur le niveau de leur future retraite. Il existe une diversité de situations intermédiaires entre l’emploi et la retraite. Il ne faut pas confondre l’âge de départ à la retraite, c’est-à-dire l’âge de liquidation des droits à la retraite, et l’âge de fin d’emploi ou de fin d’activité, lié au marché du travail. Il convient également de distinguer les âges effectifs de départ à la retraite, des âges légaux de la retraite, qui font référence à la réglementation.

Que disent les petites annonces des plus de 55 ans ?

« Recherche petit travail de livraisons », « Dynamique, discret, sérieux serait ravi de garder votre demeure », « Bricole tout », « Chauffeur temps partiel », « Secrétariat à temps partiel », « Cuisine à domicile, aide à domicile »… Beaucoup de femmes terminent leur carrière dans des emplois à domicile pour les personnes âgées, sans tenir compte dans leur rémunération de leurs compétences antérieures. Quand on possède un certain niveau de qualification, on peut négocier une rupture conventionnelle avec un reclassement formation. On peut organiser un emploi à mi-temps avec une préretraite.

La CFDT s’est beaucoup investie pour la prise en compte des carrières longues, et pour la création du compte pénibilité.

Au congrès de Marseille, plusieurs revendications portaient sur cette problématique : « Pour favoriser les transitions harmonieuses entre les emplois et la retraite, des aménagements du temps de travail en fin de carrière doivent être rendus possibles et les conditions d’accès à la retraite progressive doivent être améliorées et valorisées. Dans le cadre de l’harmonisation, il est utile de rechercher les moyens à mettre en œuvre pour que les salariés qui connaissent des mobilités professionnelles ne soient pas pénalisés. ». Depuis, notre investissement dans la prise en compte de la pénibilité se renforce avec la mise en application du compte personnel de la prévention de la pénibilité (C3P).

Danielle Rived