Actu revendicative


« Trier réellement nos déchets, et mieux »


Dans le cadre du développement durable et du Grenelle de l'environnement, les déchets des consommateurs restent une préoccupation majeure. Pour en savoir plus, nous sommes allés questionner Bernard Casnin, membre du Conseil national des déchets.

Depuis ta désignation au Conseil national des déchets et à Eco Emballages, bien des choses ont changé ?

Bernard Casnin. Effectivement, depuis plus de quinze ans, nous avons vécu dans la gestion des déchets ménagers, de profonds changements dans lesquels les associations de consommateurs ont joué un rôle important. Lorsqu’en 1993 j’ai pris en charge ce dossier pour l’Asseco CFDT, nous entrions dans la mise en œuvre d’une nouvelle politique. La loi du 1er juillet 1992 permettait de passer d’une gestion globale des déchets ménagers à une gestion nécessitant le tri séparatif.

Comment les communes facilitent le tri sélectif ?

Nous produisons, par an et par habitant, environ 351 kg de déchets ménagers stricto sensu. En intégrant les déchets verts et les encombrants, chaque français produit 454 kg/an de déchets ménagers. Mais il s’agit là de données moyennes recouvrant de grandes différences entre zones rurales et zones urbaines denses (environ de 250 kg/habitant/an à 450 kg/habitant/an).

Si 95% de Français sont en situation de trier, beaucoup reste à faire, à la fois pour trier réellement et mieux. Les communes doivent unifier les couleurs des bacs, simplifier les consignes données, mieux informer les habitants car ils sont des acteurs de la gestion de leurs déchets.

Le recyclage est donc au cœur de la politique des déchets. Faut-il interdire l’enfouissement ? Que penses-tu de l’incinération ?

Pour gérer efficacement nos déchets, nous avons besoin des différents traitements disponibles. En premier lieu, les déchets d’emballages doivent être recyclés pour en faire de nouvelles matières premières. Ensuite, on traite par la valorisation organique et la méthanisation des déchets, sous la forme d’un compostage collectif ou individuel, ou en produisant du méthane par fermentation. Après seulement, on utilise la valorisation énergétique. Les incinérateurs sont aux normes et produisent soit de la vapeur, soit de l’électricité. Enfin, pour les déchets dits « ultimes », n’ayant pu être traités par les autres procédés, on enfouit dans des centres d’enfouissement techniques aux normes.

On parle de faire peser les poubelles et faire payer les usagers en fonction du poids des rejets ultimes de déchets ?

Chaque consommateur paie chaque année, à travers sa consommation, environ 1 milliard d’euros. Il couvre ainsi une partie du coût de gestion de ses déchets sans en avoir conscience, faute d’information. Ensuite, en tant qu’habitant-citoyen, dans la fiscalité locale il paie la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, près de 6 milliards d’euros, pour la collecte et le traitement des ses déchets.

La redevance d’enlèvement des ordures ménagères à laquelle tu fais allusion est encore peu pratiquée. Elle pose d’importants problèmes d’adaptation aux réalités économiques et sociales des populations et risque de nous faire passer du service public au secteur marchand.

Les producteurs continuent de mettre sur le marché des emballages volumineux, des suremballages superflus ?

C’est l’intérêt de tous de réduire nos déchets le plus possible. Les associations de consommateurs agissent au niveau national, pour « la prévention des déchets ménagers ». C’est-à-dire leur réduction, tant « à la source », que par une consommation plus responsable.

Il s’agit là d’un ensemble d’actions fort importantes, porteuses d’avenir, dont j’espère, nous aurons l’occasion de parler prochainement.