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Un plan pour et avec les pauvres


La CFDT s'est beaucoup investie, avec d'autres, pour obtenir un plan pauvreté de qualité.

Malgré le succès de sa protection sociale, la France, pays où le taux de pauvreté européen est le plus faible, compte encore près de 9 millions de personnes qui cumulent des difficultés en matière d’emploi, de logement, d’alimentation, de santé dont 3 millions sont dans une situation matérielle grave. La CFDT s’est beaucoup investie dans la concertation de ce plan, avec les acteurs de la solidarité aux côtés des associations comme ATD-Quart Monde, la Fondation Abbé Pierre… Le plan pauvreté, annoncé début septembre, prévoit un accompagnement renforcé avec une aide de 8 milliards d’euros sur quatre ans.

Que dit la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn : « Il faut investir dans la prévention et l’accompagnement pour relever le défi de la pauvreté. Impulser une nouvelle stratégie, sortir de l’assignement héréditaire à la pauvreté. Cela suppose la mobilisation de tous les acteurs : la participation des personnes concernées, une rénovation du travail social, une évaluation permanente. Nous avons deux ambitions d’investissement social dans l’éducation et la formation par un choix de services collectifs : crèches, écoles, centres sociaux, associations ; une prévention contre l’isolement en créant « un choc d’accompagnement », une garantie de l’accès aux droits et aux services, essentiels pour les plus fragiles. »

Le plan prend cinq engagements et cite vingt et une mesures

1. Empêcher qu’un enfant pauvre aujourd’hui ne devienne un adulte pauvre demain (1,24 milliard d’€)
- Rendre universel l’accès aux crèches, aux assistants maternels et à l’instruction dès 3 ans.
- Investir dans l’accueil collectif des enfants en l’augmentant de 30 000 nouvelles places et 1 000 relais d’assistantes maternelles.
- Un plan de formation pour 600 000 professionnels de la petite enfance.
- Réussir la mixité sociale dans les modes d’accueil, instauration du tiers payant du complément mode de garde.
- Développer les crèches, soutenir les collectivités dans les 60 quartiers prioritaires avec deux adultes par classe de maternelles.

2. Diviser par deux d’ici à 2022 le taux de privation matérielle des enfants pauvres (271 millions d’€)
- Garantir une alimentation équilibrée pour tous par des petits déjeuners dans les territoires fragiles, des tarifs des cantines plus accessibles, des programmes d’accès à l’alimentation infantile.
- Créer des maraudes mixtes : État/aide sociale à l’enfance spécialisée dans la protection de l’enfance.
- Adapter l’offre d’hébergement et de logement aux familles avec enfants et renforcer la prévention des expulsions. Prévenir et lutter contre le surendettement.

3. Une obligation de formation pour tous les jeunes jusqu’à 18 ans afin que 100 % des jeunes soient qualifiés pour démarrer dans la vie active ou poursuivent des études (439 millions d’€)
- Au-delà de 18 ans et pour les jeunes les plus vulnérables, plus de 100 000 places en garantie jeunes seront créées.
- Des moyens seront contractualisés avec les départements pour empêcher les sorties sèches de l’aide sociale à l’enfance.

4. Simplifier et rendre plus équitable le système des minima sociaux en créant à terme un revenu universel d’activité pour se substituer aux maquis des prestations (4,97 milliards d’€)
- Revaloriser la prime d’activité.
- Garantir à chacun l’accès à une complémentaire santé.
- Renouveler automatiquement la CMU-C pour les allocataires du RSA.
- Accompagner le 100 % santé sur l’optique, les aides auditives, le dentaire.
- Créer 100 centres et maisons de santé.
- Renforcer la présence des travailleurs sociaux sur le terrain et déployer des centres sociaux dans tous les quartiers et les territoires ruraux pour répondre à l’isolement de nombreuses personnes dont les plus âgées.

5. Investir pour l’accompagnement de tous vers l’emploi (1,04 milliard d’€)
- Création d’une garantie d’activité combinant accompagnement social renforcé et insertion dans l’emploi pour 300 000 allocataires par an.
- Simplifier le parcours des allocataires du RSA et renforcer leur accompagnement.

Ce plan veut développer un accompagnement et une présence auprès des personnes en difficulté sur tout le territoire. Le gouvernement mise sur une nouvelle approche de la relation entre l’État et les territoires. L’État définira un cadre de contractualisation, les collectivités territoriales s’engageront sur des résultats et non plus sur des moyens.

Ce plan, salué par les associations et la CFDT, doit désormais se traduire en actes par une mobilisation de tous les acteurs. Pour la CFDT, la construction d’une société d’inclusion par le travail ne peut se faire que dans le respect du droit à la dignité de chacun.

Danielle Rived

« On ne fait pas sans les gens, les personnes pauvres ne sont pas une sous-catégorie. » Laurent Berger

Quelques chiffres sur la pauvreté

Les deux tiers des personnes pauvres résident dans les grands pôles urbains, selon l’observatoire de la pauvreté. À titre d’exemple, avec un niveau de vie médian inférieur à 1 166 € par mois, plusieurs arrondissements de Marseille font partie des communes les plus pauvres de France.

967 € net par mois (à peine plus que le minimum vieillesse qui s’élève à 800 €), c’est le montant des pensions moyennes de droit direct des femmes. Le montant moyen des pensions de réversion pour les femmes est de 642 €.

Un million de travailleurs pauvres vit en dessous du seuil de pauvreté (moins de 850 € par mois), principalement ceux qui travaillent à temps partiel ou alternent des périodes de travail précaire ou de chômage.

10 % des plus pauvres, en France, touchent 281 € par mois avant redistribution et 821 € après.

Minima sociaux, de nombreux ayant droits ne les demandent pas, par manque d’information, par peur des décisions administratives et la crainte d’éventuelles contreparties, ou en raison de la complexité des différents guichets que ce soit pour le RSA, la CMU, la complémentaire santé, l’allocation personnalisée d’autonomie (Apa)…

Comment on mesure la pauvreté et le niveau de vie ?

Le seuil de pauvreté. En France, il s’élève à 846 € pour une personne seule, à 1 269 € pour un couple sans enfant et à 1 777 € pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans.

Le niveau de vie. Il correspond aux revenus perçus par le ménage après impôts et prestations sociales. Il est égal au revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (UC). On attribue 1 UC au premier adulte du ménage, 0,5 aux autres personnes de 14 ans ou plus, et 0,3 aux enfants de moins de 14 ans.

Méthode de calcul du taux de pauvreté. Dépend du niveau de vie médian soit à 50 %, soit à 60 %. Exemple : pauvreté à 60 % : proportion d’individus vivant dans un ménage ordinaire dont les revenus nets d’impôts directs par unité de consommation sont inférieurs à un montant équivalent à 60 % du niveau de vie médian de la population.
D.R.

100 000 places en garantie jeunes seront offertes au plus de 18 ans.