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Vieillir loin de la solitude et de la maison de retraite


Ce rêve est devenu réalité pour certains mais surtout pour certaines. Comment ? En se regroupant, en inventant une nouvelle organisation de vie, individuelle et collective.

Déjà en 1997, Thérèse Clerc, militante féministe, décédée en février 2016, avait créé à Montreuil la Maison des femmes pour des femmes victimes de violence. Puis, elle s’est investie dans le projet de la Maison des Babayagas. Dans les contes russes, les Babayagas sont des personnages mi-sorcières, mi-ogresses. Cette maison ne devait accueillir que des femmes, de plus de 60 ans, autonomes, une vingtaine aujourd’hui. Une charte a été négociée auprès des HLM. Elle doit être signée par toutes les occupantes. Ce texte pose les bases de cette maison qui se veut une anti-maison de retraite fondée sur des « valeurs écologistes, féministes, citoyennes et solidaires ». Après des années de batailles administratives, cette maison a vu le jour en 2013.

Privatif, collectif et ouvert

Ces occupantes imaginent des projets communs pour pouvoir vieillir comme elles ont vécu : indépendantes et autonomes. La maison est toujours en phase évolutive. Les pièces du rez-de-chaussée qui devaient devenir des pièces collectives sont toujours classées pièces communales, pour des raisons financières. Certes, des dissensions sont apparues au sein du groupe, car la démocratie participative au quotidien n’est pas naturelle. Certaines femmes sont parties, d’autres sont arrivées.

Il faut apprendre à vivre en groupe, à se respecter et à participer au mode de vie en commun, aux activités, par exemple : les repas en commun, les deuxièmes vendredis de chaque mois. L’idée a fait son chemin et ces dernières années beaucoup d’habitats différents ont vu le jour : la colocation entre séniors ou la cohabitation intergénérationnelle, qui est un dispositif solidaire, est une réponse innovante et conviviale pour résoudre un problème de financement, un problème de logement des jeunes et répondre à l’isolement des séniors. L’habitat participatif avec l’investissement d’un tiers, une collective locale et un groupe de personnes qui s’impliquent dans la réalisation de leur habitat avec des espaces communs. « 

L’habitat participatif est un enchevêtrement de 3 espaces : un espace privatif qui doit rester préservé, un espace collectif à partager avec les autres foyers, et un dernier ouvert sur l’espace public, qui peut prendre des formes variées : logement pour étudiants, ou des familles de demandeurs d’asile, salle de danse pour les habitants du quartier… », dit Jacques Prades, président de CERISES (centre européen de ressources sur les initiatives solidaires et les entreprises sociales).

Danielle Rived

Il faut apprendre à vivre en groupe, se respecter et participer aux activités communes.

Vivre en béguinage

Au Moyen Âge, les femmes âgées sans ressources se regroupaient en communauté religieuse dans un couvent. L’idée est venue de repenser un lieu laïc pour personnes vieillissantes de religion catholique. En 2011, le cloître Saint François d’Assise est racheté à l’évêché de Perpignan. D’importants travaux sont réalisés. En 2014, un appartement est dédié à un régisseur, les autres appartements accueillent des femmes seules, mais aussi un veuf, et un couple. La vie fraternelle consiste en une réunion par semaine, avec un temps de prière et un repas en commun. Ce béguinage est à 10 minutes à pied du centre-ville. Les habitants se croisent plusieurs fois par jour et le jardin est agréable. Des centaines de demandes affluent. De nombreux projets sont en cours de réalisation dans plusieurs villes.
www.vivre-en-beguinage.fr