Actu revendicative


L’aide à la personne entre le social et le marché


Pour les deuxièmes rencontres parlementaires sur les services à la personne qui ont eu lieu à Paris en avril dernier, le décor était en place et les rôles déjà distribués. Chacun, comme on pouvait s'y attendre, allait jouer sa partition. Ou presque.

Entre les responsables des groupes Accor (Chèque emploi service universel) et Europe Assistance venus présenter leurs nouveaux services, et un syndicat prônant un service public d’aide à la personne, nous étions proches de la caricature.

Entre Laurent Wauquiez, secrétaire d’État chargé de l’Emploi, se réjouissant que « le secteur soit passé de 400 000 à deux millions de salariés en quinze ans » et Philippe Alpy, représentant de l’ADMR (Aide à domicile en milieu rural) qui s’interroge : « A trop fragiliser les associations, opérateurs historiques de l’aide à domicile, que va-t-il rester sur nos territoires ? », chacun suivait sa logique.

Entre Marie-Béatrice Levaux, vigoureuse présidente de la fédération des particuliers employeurs qui revendique 5 millions d’adhérents et explique, « pour la dernière fois », la « magnifique organisation de la réponse de la société civile » que représente le gré à gré, et Michel Naiditch, chercheur associé, qui s’interroge sur les mesures de la qualité des services à la personne dans les sociétés européennes, nous sommes en plein paradoxe. « Les personnes qui ont le plus besoin d’aide sont obligées d’aller vers le gré à gré » martèle l’universitaire.

Fragiles et consommateurs

Laurent Wauquiez avait beau appeler à l’unité : « « Pas de division compte tenu des enjeux. Tout le monde a sa place, sauf les mercenaires qui utilisent les aides à l’installation pour repartir ailleurs », chacun sentait bien que les vrais débats étaient ailleurs. Même s’il en attend 70 000 nouveaux emplois, l’annonce du ministre de favoriser la mise en place d’un simple régime déclaratif dans la procédure d’agrément ne rassurait personne.

La tribune et la salle surent donc tour à tour répondre à la question posée par ces rencontres : « quelles innovations pour le développement de l’offre des services à la personne ? »

Pour Catherine Génisson, députée du Pas-de-Calais, le premier effort doit être assuré sur les contrats de travail. Dans son département, 60% des emplois du secteur sont en CDD. Et 13% sont établis sur moins de 9 heures par semaines. La formation, la professionnalisation, l’application d’une convention collective négociée, l’attractivité des métiers restent des points à améliorer.

« C’est insuffisant » pour Pierre Demortière, de l’UNA (Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles). Pour lui la régulation est complexe, les financeurs multiples. Et les décrets et règlements créent trop de confusion : « Cessons de confondre l’aide aux plus fragiles et les services pour un confort de vie. Les plus fragiles ne sont pas des consommateurs comme les autres ! »

Daniel Druesne

Choix politiques

Pour Yves Vérollet, il s’agit dans ce débat de développer les modes d’accueil du jeune enfant, les services aux personnes en perte d’autonomie, et enfin la négociation sociale sur la conciliation vie professionnelle vie familiale. « Sur le 5e risque et la petite enfance », ajoute malicieusement le secrétaire confédéral de la CFDT, « le besoin de financement n’est pas très éloigné de ce que coûtent des dispositifs que je ne qualifierai pas de choix de société : la TVA réduite dans la restauration (coût de l’ordre de trois milliards d’euros) et les heures supplémentaires défiscalisées (coût de l’ordre aussi de trois milliards d’euros). Avec ces niveaux d’enveloppes, nous pouvons faire de belles choses ! »