Actu revendicative


Questions à Michèle Delaunay, ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie


Une formidable opportunité ! Cancérologue d'origine, Michèle Delaunay incarne, depuis qu'elle est aux affaires, la bataille du grand âge. Sa conviction est sans égale. Mais la mise en œuvre de ses projets passe par l'accord de Bercy et les arbitrages de Matignon.

Quelle est l’approche la plus forte de votre projet de loi ?

La transition démographique est une formidable opportunité si nous engageons sans tarder la révolution de la prévention, si nous adaptons nos politiques en intégrant systématiquement la dimension de l’avancée en âge, si nous savons saisir le potentiel de développement économique qui peut se dégager de la réponse à de nouveaux besoins.

La loi sur « l’adaptation de la société française au vieillissement » comprendra trois volets :
- un volet sur l’anticipation parce que le développement d’une culture de prévention peut nous permettre de préserver l’autonomie ;
- un volet sur l’adaptation de notre société au vieillissement. La loi est globale et ce sont toutes les politiques publiques qui doivent évoluer ;
- un volet sur l’accompagnement de la perte d’autonomie. C’est bien entendu le volet le plus difficile mais il est très attendu. Sur ce domaine, je me mobilise entièrement pour obtenir les moyens d’une réponse ambitieuse.

Que va-t-il changer pour les personnes et leurs familles ?

Avec la prévention, la priorité c’est le domicile. La loi facilitera concrètement l’accès des personnes âgées aux services qui leur permettent de rester à domicile en prévenant leur perte d’autonomie.

Les aidants vont-ils enfin être reconnus pour tout ce qu’ils apportent ?

Le Président de la République a réaffirmé l’engagement pris d’apporter un soutien aux aidants, par la possibilité d’aménager leur temps de travail, par la création de congés spécifiques et par la possibilité d’avoir des temps de répit.

Et les professionnels ? Quelle reconnaissance de leur métier ?

Le Président de la République a annoncé des États généraux du travail social. La réflexion sur les métiers de l’autonomie s’inscrit dans ce cadre, tout en intégrant également les métiers de la filière sanitaire.
Le plan « métiers de l’autonomie » a vocation à répondre à trois enjeux essentiels pour le Gouvernement. D’abord, engager la bataille de l’emploi en contribuant le plus largement possible à l’effort de création d’emplois sur le secteur. On escompte ainsi sur cette filière 25% du total des créations nettes d’emplois dans l’économie française d’ici 2020 à 2025 !
Ensuite, moderniser le service public de l’autonomie en faisant évoluer les métiers en termes de services rendus à l’usager. Il s’agit de favoriser toutes les régulations nécessaires pour protéger les plus vulnérables des effets délétères du fonctionnement marchand du secteur. Enfin, miser sur le dialogue social pour améliorer les conditions de travail et lutter contre la précarité.

Sur quels financements va reposer le projet de loi ?

Il est des sujets moins difficiles par les temps qui courent… Notre gouvernement a fait le choix de privilégier la solidarité nationale. Une recette est déjà instituée : la CASA, dont le rendement en année pleine est proche de 650 millions d’euros. Pour le reste, les arbitrages sont en cours. Nous irons donc progressivement, pour tenir compte de ces contraintes financières.

François Hollande avait promis le projet de loi pour la fin de l’année 2013. Le Premier ministre a annoncé un report à mi-2014. Voilà 7 ans que les personnes en perte d’autonomie attendent, et attendent encore.

Il est hors de question d’y renoncer. Au contraire ! Le Président avait dit que la loi serait prête avant la fin de l’année. Et elle le sera. Le Premier ministre a apporté début octobre une précision. Compte tenu du calendrier parlementaire et des interruptions des travaux du Parlement du fait des élections municipales, l’adoption du texte ne sera pas possible avant le milieu de l’année 2014.

Propos recueillis par Daniel Druesne