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Edmond Maire : « Je ne vois qu’un moteur au syndicalisme, la solidarité »


Edmond Maire reste tourné vers l'avenir. Il nous interpelle : « le syndicalisme doit s'engager avec les salariés et les retraités modestes ». Il nous complimente aussi : « les retraités CFDT m'étonnent parce qu'ils existent vraiment ».

Comment apprécies-tu l’évolution de notre société ?

Edmond Maire. La société souffre de ne pas savoir vers quel avenir se diriger. Le débat sur l’Europe l’a montré. Alors qu’il suffirait, dit-on, que le Groenland fonde pour que la mer monte de 7 mètres ! Des responsables, des militants en prennent conscience.

Hélas, je ne crois guère à une mobilisation massive et profonde tant qu’on restera loin de la catastrophe. À moins de multiplier les énergies militantes. Pour l’instant les impasses prévisibles ne modifient pas les logiques du capitalisme financier.

Il n’y a qu’à voir l’allure avec laquelle les sociétés financières américaines se débarrassent du carcan de l’apport des fonds fédéraux pour pouvoir faire comme avant.

Et l’évolution du syndicalisme ?

Je ne vois qu’un moteur : c’est le moteur de la solidarité, la valeur syndicale de base. C’est aussi la raison pour laquelle je suis devenu syndicaliste.

Aujourd’hui, les injustices sont criantes, le sort et l’avenir des catégories sociales modestes ne préoccupe pas réellement les politiques, rivés sur les classes moyennes, et pas toujours les syndicalistes.

Nous avons besoin d’un syndicalisme combatif, propre à s’engager avec les salariés pauvres, les statuts précaires, les travailleurs à temps partiel, les retraités ayant une petite retraite, la moitié de la population ou presque !

Le syndicalisme mondial peut-il peser pour une réelle régulation financière ?

De façon réaliste, quatre ou cinq grands pays européens peuvent et doivent se mettre d’accord pour des mesures essentielles à prendre rapidement, sans se préoccuper des réticences des autres.

Jacques Delors, ami de toujours, et ceux qui ont construit l’Europe ont joué un rôle essentiel pour la paix et la libre circulation des biens et des personnes. L’Europe des 27 appelle de nouvelles initiatives des plus lucides de ses membres.

La création de la Confédération syndicale internationale (CSI) est une belle réalisation. Le syndicalisme mondial reste une force morale. La voix du syndicalisme mondial reste la voix de ceux mis en marge et d’abord des plus pauvres. Les puissants peuvent évoluer s’ils sont mis en difficulté par une critique juste et largement partagée. Je crois donc au syndicalisme international.

Comment vois-tu la place et le rôle des retraités dans la société d’aujourd’hui ?

Les retraités CFDT m’étonnent parce qu’ils existent vraiment. Ils prennent des positions intéressantes, en tout cas vivantes. Ces retraités ne veulent pas prendre la tête de la CFDT, ils ne sont pas dans les jeux d’appareil.

Les retraités sont en moyenne autant sociétaux que sociaux car ils sont dans de nombreuses associations qui élargissent leur vision. Les retraités peuvent convaincre les actifs que la longue période de retraite qui les attend, en moyenne, sera d’autant plus agréable à vivre qu’ils auront agi sur la société, ses évolutions, son bien-être.

Je crois vraiment à ce rôle spécifique des retraités. Et plus que jamais au lien associatif-syndical.

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