Action internationale


2004 : un grand cru pour l’Europe


La construction de l'europe avait un objectif essentiel : plus jamais la guerre entre nous. Ce défi pour une paix durable a réussi. Ne l'oublions pas au moment où dix nouveaux pays nous rejoignent, quinze ans après la chute du Mur.

Dans les souvenirs des plus anciens d’entre nous les débuts de l’aventure européenne ont commencé par l’existence de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier - la CECA - quelques années seulement après la fin de la seconde guerre mondiale. Elle avait un objectif essentiel : plus jamais la guerre entre nous.

Ce défi pour une paix durable a réussi. Il faut toujours avoir cette grande ambition dans nos mémoires car elle reste d’actualité surtout et y compris dans le cadre d’une Europe élargie à 25 puis à 27 Etats membres.

Beaucoup a été fait en vingt ans

Si l’on regarde objectivement ces 20 dernières années, beaucoup a été fait : la mise en place du dialogue social européen, la réalisation du marché unique, avec son corollaire nécessaire qu’est la monnaie unique : l’Euro.

De grands projets sont en cours comme l’élargissement, la réforme des institutions, la réforme de la Pac, des fonds structurels et la nécessaire adaptation du budget communautaire dont le débat voulu a été lancé à l’initiative du Président de la Commission Européenne Romano Prodi et dans lequel la société civile en général et le mouvement syndical en particulier ont intérêt à s’y inscrire pleinement.

L’année 2004 va être une grand cru européen au même titre que le millésime 1985 qui a lancé le dialogue social et mis sur les rails la réalisation du marché unique ou que celui de 1999 qui a vu réunir les conditions de réalisation de l’Euro.

Le temps fort de cette nouvelle perspective européenne sera le 1er mai 2004, date ô combien symbolique, où officiellement les 10 nouveaux futurs Commissaires des 10 nouveaux futurs Etats membres prendront place au sein du collège de la Commission Européenne.

Reste le traité constitutionnel

Ce 1er mai sera suivi de l’élection au suffrage universel du Parlement Européen le 13 juin prochain constitué de 722 élus des peuples d’Europe issus des 25 pays membres de l’Union. A ces échéances s’ajoute la nécessaire ratification du traité constitutionnel de l’Union, résultat de la conférence inter-gouvernementale -CIG - qui s’est ouverte le samedi 4 octobre dernier à Rome sur la base des travaux de la Convention.

Si, comme on peut le souhaiter, la ratification de la Constitution européenne, en France, prendra le chemin du référendum, chacun à sa place doit d’ores et déjà se sentir motivé, mobilisé, dynamique et pédagogique pour débattre, expliquer, dialoguer, convaincre nos compatriotes de la nécessité de répondre par un oui franc et massif - sous réserve des résultats de la CIG - à la question de ratification ou non de notre Constitution européenne.

Espérons, en tous cas, que quelque soit la date et le moyen juridique de ratification en France de la Constitution européenne, les grands enjeux des débats resteront bien centrés sur les questions européennes et que ceux et celles qui influencent nos compatriotes par leurs prises de positions ne dénatureront pas l’avenir de l’Union Européenne par des positionnements ambigus guidés par des considérations politiciennes internes à la seule situation politique française

Oui, 2004 restera une nouvelle grande date à inscrire dans l’Histoire : l’unification de l’Europe à 25 Etats membres dans l’attente de l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie prévue en 2007. Qui aurait cru que 15 ans après la chute du mur de Berlin, l’Europe se trouverait en situation réelle d’unification ? Qui aurait cru que, 22 ans après l’instauration de Solidarnosc un des responsables de cette organisation assume depuis le dernier congrès de la Confédération Européenne des Syndicats en mai dernier à Prague, un des postes de secrétaire confédéral au sein de la CES ?

Une adaptation constante

L’Europe a toujours été et restera en mouvement, la construction européenne ne sera jamais achevée car elle nécessitera à toutes les époques une adaptation nécessaire aux évolutions des temps et des défis que ce soit du point de vue social, économique, monétaire - les 10 futurs Etats membres devraient rejoindre la zone Euro entre 2006 et 2009 - culturelle, politique et démocratique. Il faut être toujours sur la brèche du mouvement afin de conjuguer réalisme et dynamisme et ainsi participer activement à cette construction européenne en mouvement. L’élargissement et ses enjeux : paix, démocratie, développement et unification de l’Europe face au reste du monde vaut bien une grande, large et belle mobilisation.

Pour agrémenter ce propos, faisons référence à une citation de Jean Monnet inscrite dans ses mémoires publiées en 1976, il y a près de 30 ans de cela et qui reste d’actualité :
"Comme nos provinces hier, aujourd’hui nos peuples doivent apprendre à vivre ensemble sous des règles et des institutions communes librement consenties s’ils veulent atteindre les dimensions nécessaire à leur progrès et garder la maîtrise de leur destin. Les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes du présent. Et la communauté elle-même n’est qu’une étape vers les formes d’organisations du monde de demain."