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Forte croissance des groupes privés


Face aux carences des pouvoirs publics et des associations privées, les groupes privés construisent et proposent des maisons de retraite pour personnes dépendantes ou des résidences services. Mais leur offre ne concerne souvent que la demande solvable, c'est-à-dire ceux qui peuvent payer. La course à la taille est lancée (voir tableau).

C’est un fait marquant de ces dernières années : la croissance de l’offre de lits du secteur privé commercial pour l’hébergement des personnes âgées et l’apparition de grands groupes spécialisés.

Développement du nombre des places offertes et concentration des entreprises par rachat ou absorption conduisent à l’existence de groupes offrant plusieurs milliers de lits.

1. Une croissance qui interroge

Il y a dix ans le premier groupe privé était en France une association offrant 4 000 places. Aujourd’hui, les premiers groupes sont à caractère commercial et les deux premiers offrent plus de 10 000 lits ! Les quinze premiers groupes français sont passés de 20 000 lits en 1998 à 50 000 en 2007.

Ils gèrent à la fois des établissements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et des résidences services pour personnes âgées, ce qui entretient la confusion sur la nature de ces groupes. En effet d’un côté, ils pallient la carence quasi-totale des porteurs de projets publics et les difficultés du secteur privé associatif. Depuis plusieurs années, la majorité de créations de lits en Ehpad relève de ces groupes privés. Ils font preuve de réactivité en construisant beaucoup plus rapidement que les porteurs de projets soumis aux règles des marchés publics.

Mais d’un autre coté, ils développent aussi des résidences pour personnes âgées en dehors des procédures d’autorisation. Or on est en droit de s’interroger sur l’avenir de telles résidences où se regroupent des personnes - actuellement valides mais toutes retraités - lorsqu’elles seront sujettes à des pertes d’autonomie et que leur cadre de vie n’aura pas été prévu pour répondre aux exigences du vieillissement.

En permettant à ces résidences l’agrément des services à la personne, la loi Borloo a encore compliqué la situation. Contournant les difficultés des réglementations auxquelles sont soumis les Ehpad, ces groupes répondent aux besoins d’aujourd’hui sans donner d’assurance sur leur capacité à répondre aux conséquences de l’avancée en âge de leurs résidents.

2. Une croissance mal répartie

Si l’apport de ces groupes en termes de création de places et de qualité de l’hébergement ne peut être contesté, leur émergence et leurs orientations posent de gros problèmes : choix d’implantation dans les villes au détriment des zones rurales, choix privilégié de certaines régions à forte capacité financière (côte atlantique, rivage méditerranéen, banlieue ouest de Paris...). Déjà certains ont mis en œuvre des parades à ces critiques en envisageant des créations d’établissements à prix de journée réduit ou en proposant d’avoir certaines places habilitées à l’aide sociale.

Leur demande d’autorisation d’ouverture pour les Ehpad devrait être, à l’occasion de leur instruction par les CROSMS, le moyen de connaître les prix de journée prévus et d’avoir l’avis des conseils généraux sur cette question.

3. Une croissance internationale

De plus ces groupes ont décidé de s’investir dans des créneaux complémentaires : aides et soins à domicile pour Korian et Domusvi ; soins de suite et de convalescence ; psychiatrie ; développement à l’étranger (Orpéa en Espagne, Belgique et Italie, Médica en Italie).

Ainsi Korian, premier groupe français, annonce en octobre 2007 qu’il possède 187 établissements dont 37 pour soins de suite et réadaptation et 11 cliniques psychiatriques. Il couvre ainsi les domaines sanitaires et médico-sociaux.

Les cinq grands groupes privés

Ils ont tous des résidences services, des maisons de retraite médicalisées (Ehpad), et souvent des établissements de soins de suite et de réadaptation (SSR) et même des cliniques psychiatriques.

Nom du groupe Enseignes connues Nombre de lits Nombre d’établissements
Korian Hotelia, Villandières, Ophéliades 11 703 137
Orpéa Orpéa 11 825 130
Médica Doyennes, Clairefontaine 8 346 106
GDP Vendôme Dolcéa, Fontaine ou Villa Médicis 7 780 89
Domusvi Tiers temps, Thémis, Eleusis, Mapad services 7 429 72

Autres groupes : Noble âge (27 établissements), IGH ex-Imbert (25 Éts), Colisée Patrimoine (22 Éts), Emera (18 Éts), SGMR Opalines (17 Éts), Oméris (15 Éts).

Source : Sites internet des entreprises et Mensuel des maisons de retraite.