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La Grèce préside l’Union Européenne pour six mois


Pendant le premier semestre 2014, la Grèce préside l'Union européenne. Pourquoi cette présidence ? Après une présentation de la Grèce et de ses difficultés, l'auteur expose les orientations de son gouvernement pour cette présidence.

Pourquoi une Présidence de l’UE par la Grèce ?

Il peut paraître quelque peu surprenant que ce pays qui fait l’objet d’un plan de soutien de la part de la « troïka » et traverse une grave crise préside depuis le 1er janvier 2014 l’Union européenne pour six mois ! En fait, il n’y a rien là d’extraordinaire, les institutions de l’UE fonctionnent comme prévu. Les présidences semestrielles tournantes de l’UE ont été établi par une décision du Conseil Européen de janvier 2007 et ce jusqu’en juin 2020.

Depuis le Traité de Lisbonne (signé le 13 décembre 2007, entré en vigueur le 1 décembre 2009) le Conseil Européen a de plus un président permanent nommé pour deux ans et demi. L’ancien premier ministre Belge Herman Van ROMPUY a été désigné pour ce poste. Il a pris ses fonctions en janvier 2010 et a été reconduit en mars 2012.

La présidence semestrielle a surtout un rôle d’organisation des travaux et de facilitateur. Elle s’organise maintenant autour d’une autre « troïka » : celle qui précède (La Lituanie) et celle qui suivra (l’Italie le 1er juillet 2014) afin d’assurer la continuité et la cohérence nécessaire.

Ces institutions européennes - il faut bien le reconnaître - sont lourdes et complexes et peu compréhensibles pour le plus grand nombre.

En fait cette présidence semestrielle est surtout une occasion de valorisation et de promotion du pays qui l’assure : pour la Grèce après 1983, 1988, 1994 et 2003 ce sera la cinqième fois.

Quelques mots sur la Grèce

Le pays est membre de l’UE depuis 1981 et de la zone euro depuis 2001. Il a une population de 11,32 millions (2012). Il représente 2,2% de la population européenne et 2,5% du PIB de la zone euro.

La Grèce comporte 15.000Km de côtes, 3.000 îles dont environ 200 sont habitées. Il a des frontières terrestres avec quatre pays : Albanie, Bulgarie, ARYM (Ancienne République yougoslave de Macédoine) et Turquie.

La Grèce est une République parlementaire fondée sur la constitution de 1975 avec une seule Chambre (« VOULI ») de 300 membres élus pour quatre ans. Le président de la République est élu pour cinq ans par l’Assemblée nationale et dispose de peu de pouvoirs : il s’agit de Karolos PAPOULIAS. Le chef du Gouvernement est Antonis SAMARAS (Nouvelle démocratie / conservateurs).

Il a été intronisé après des soubresauts politiques successifs : le referendum envisagé le 31 octobre 2011 par le premier ministre d’alors, Georges PAPANDREOU (PASOK) sur le premier plan de la troïka ; la crise gouvernementale ouverte par l’adoption du plan d’austérité le 12 février 2012 ; les élections législatives du 6 mai 2012 desquelles il ne ressort aucune majorité puis les nouvelles élections du 17 juin 2012. De ces dernières il ressort une majorité dominée par « la nouvelle démocratie » (conservateurs) alliée avec le PASOK (socialistes) et la « gauche démocratique ».

Mais les plans d’austérité successifs amènent des défections dans la majorité qui ne tient plus qu’à un fil.

Une situation économique dégradée

L’évolution des indices macro-économiques en témoigne.

Indices macro-économiques

Année 2008 2009 2010 2011 2012
Croissance du PIB en % -0,2 -3,3 -3,5 -6,9 -6,-
Taux de chômage en % 7,7 9,4 12,5 17,3 23,8
Déficit public en % du PIB -9,9 -15,6 -10,5 -9,7 -7,5
Dette publique en % du PIB 112,6 129,- 144,6 165,4 170,7

Source : FMI

Plans d’aide
Le pays asphyxié - après diverses tergiversations politiques - a dû faire appel à l’aide internationale d’autant que cette situation a fragilisé l’ensemble de la zone euro. Il en est résulté plusieurs plans d’aide de la troïka (FMI, Commission Européenne, BCE) résumés ci-dessous.

Montants Date Observations
73 milliards 1er mai 2010
237 21 février 2012
26 novembre 2012
Dont 107 par effacement de la dette privée

L’objectif de ces plans et le retour à un endettement à 124% du PIB en 2020 : il est actuellement prévu à 178,5% en 2014 et à 165,1% en 2015 par le FMI.

On observera que parmi les divers plans européens (Irlande, Portugal, Espagne) la Grèce est le seul pays où il a été décidé un effacement par les créanciers privés.

Les contreparties exigées par la troïka en termes de réduction des salaires, de protection sociale, d’effectifs, de privatisations ont fragilisé le pays –déjà peu stable- : ses structures politiques ont vacillé avec en particulier l’émergence d’une extrême droite néo-nazi.

À ce stade du raisonnement il convient de rappeler que l’économie n’est pas que financière elle est aussi fondamentalement de « l’économie politique ».

Les priorités de la Grèce pour la présidence de l’UE

Pour la Grèce cette présidence est l’occasion de développer son image Elle bénéficie de plus d’une opportunité : les élections européennes qui se dérouleront en mai.

Elle s’est fixé les trois objectifs suivants :

1. Le renforcement de l’engagement civique de la société dans l’UE grâce à des politiques et des initiatives en réponse aux problèmes quotidiens des citoyens : reprise économique, emploi, cohésion, mobilité des citoyens de l’UE : le but est de mettre l’accent sur une communauté de valeurs au sein de l’UE.

2. L’approfondissement de l’UE –en particulier de l’UE monétaire - par la promotion de mesures visant à améliorer l’architecture de la zone euro : il s’agit en particulier d’approfondir l’Union bancaire.

3. Le renforcement de la légitimité démocratique, de la solidarité entre les États membres et le renforcement des droits civils.

La présidence semestrielle assumée par la Grèce devrait être au total une présidence modeste, compte tenu de ses propres difficultés mais elle devrait être aussi une présidence utile pour faire avancer certains dossiers –dont l’Union bancaire- et bénéficier de l’opportunité politique des élections européennes qui s dérouleront en mai prochain.

Jean-Pierre Moussy