Actu revendicative


La crise du logement est une crise de société


« Le constat de 2010 est alarmant. L'effort de l'État en faveur logement est quasiment à son niveau le plus bas depuis trente ans », commente Patrick Doutreligne, le secrétaire général de la Fondation Abbé Pierre pour qui la crise du logement est bel et bien une crise de société.

« La crise économique ravive une crise du logement qui lui est bien antérieure. Ce renforcement s’inscrit dans un mouvement plus profond de transformation du rapport au travail et de remise en cause des sécurités qui lui sont attachées », a indiqué la Fondation à l’occasion de la remise de son rapport sur le mal-logement en France.

L’augmentation du coût du logement, conjuguée à la faiblesse des aides personnelles au logement, contribue à augmenter l’effort financier consenti par les ménages pour se loger, avec pour conséquence le creusement des inégalités sociales au sein de la société française et de renforcer l’inégale distribution des revenus.

Et les chiffres de donner le tournis : 3 500 000 personnes « non logées ou mal logées » parmi lesquelles 2 000 000 vivant dans des conditions de logement très difficiles (surpeuplement, logement inconfortable, de mauvaise qualité) et 800 000 en situation précaire (sous location, squat). Un chiffre qui pourrait lui même exploser compte tenu de la « fragilité à court et moyen terme » de 6 600 000 autres parce qu’en situation d’impayés ou hébergées chez des tiers.

La cohésion menacée

Ce 15e rapport se penche également sur les victimes collatérales du mal-logement : les enfants. La situation difficile de nombreuses familles impacte lourdement le quotidien et l’avenir des plus petits en provoquant des souffrances (difficultés scolaires, qualité du sommeil, manque d’hygiène…) ou des pathologies parfois irréversibles (saturnisme, développement psychique compromis..). Un problème qui concernerait aujourd’hui 600 000 enfants et qui justifie que ces questions sortent du cercle des spécialistes du logement.

La Fondation nous interroge : « Le mal-logement que subit l’enfant conduit à une double peine. Lorsque les générations futures pâtissent d’une insuffisance de l’action publique, c’est toute la société qui est menacée dans son projet et dans sa cohésion. »

Source : « L’État du mal-logement en France », 15e rapport publié par la Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés.

« Abcès au logement »

Deux jours après la publication du rapport de la Fondation, Benoist Apparu, secrétaire d’État au Logement, annonce une enveloppe de 4,7 milliards d’euros pour le logement social : 624 millions destinés aux organismes HLM et 4 milliards d’exonérations fiscales. L’information n’a pas manqué de provoquer un tollé de nombreux observateurs.

Pour Jean-Yves Le Bouillonnec, maire de Cachan : « ces chiffres confondent scandaleusement les subventions directes en diminution constante avec les autres dispositifs fiscaux. »

Pour Pierre Quercy, délégué général de l’Union sociale pour l’habitat, cette somme de 624 millions est inférieure aux 660 millions obtenus en 2009 et loin des 800 millions budgétés en 2008.

Mais la critique la plus virulente est venue de « la Tribune ». Dans son édito du 2 février au titre évocateur « Abcès au logement » la directrice adjointe de la rédaction constate que l’État « persévère dans une politique qui ne marche pas ». Il s’agit des « dispositifs de détaxation des investissements (Scellier, Besson, Borloo, Périssol, Robien) dont on voit bien l’effet sur le patrimoine des ménages aisés, mais pas sur les affres des mal-logés ». Et de conclure : « La navrante vérité est que le logement n’est pas une priorité politique dans notre pays. »

La Fondation Abbé Pierre n’y retrouve en tous cas pas les propositions contenues dans son rapport.