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Martine Segalen : « Le désir de la descendance »


Sociologue de la famille, Professeur émérite de l’université de Nanterre, Martine Segalen est l’une des spécialistes de la grand-parentalité. Elle a réalisé avec Claudine Attias-Donfut, ancienne directrice de recherche à la Cnav, une grande étude sur les grands-parents qui fait référence depuis vingt ans. Elle répond à nos questions.

Sommaire du dossier

- Les grands-parents, un rouage essentiel à la solidarité familiale
- Pris entre les enfants, les petits-enfants et les vieux parents
- Paroles de petits-enfants...
- Petits conseils aux grands-parents
- Un équilibre intergénérationnel à trouver
- Martine Segalen : « Le désir de la descendance »

Quelles sont les principales observations de vos travaux sur la grand-parentalité ?

Notre société s’intéresse davantage à l’allongement de la vie et à la vieillesse, et peu à l’impact de la grand-parentalité. Les grands-parents sont revenus en force depuis quelques années. Les structures familiales s’étant fragilisées par les mariages moins nombreux, la séparation des couples plus fréquentes, ce sont eux qui servent désormais de liens entre les générations. La durée de leur retraite, la stabilité de leurs ressources et de leur logement sont des facteurs favorables à la grand-parentalité.

L’image des grands-parents s’est complément transformée. Ils sont bien plus jeunes qu’autrefois et en bonne santé. À la cinquantaine, ils travaillent sans pour autant cesser de naviguer entre leurs enfants, leurs petits-enfants et, souvent, leurs propres parents. Leur investissement est un choix, rarement une obligation comme dans d’autres pays. L’importance des grands-parents s’explique aussi par le développement du travail féminin en France.

Comment se manifestent les attentes et l’investissement des grands-parents en lien avec l’évolution des familles ?

Les grands-parents sont comme les parents en attente de petits-enfants, d’une descendance qui leur donne une place dans la généalogie familiale. C’est la venue des petits-enfants qui fait la famille. La solidarité intergénérationnelle familiale verticale se renforce. À la retraite, le désir de s’investir avec sa descendance est largement partagé.

Les petits-enfants apprécient leur proximité et leur relative jeunesse avec des modes de vie peu différents de leurs parents. En revanche, les parents qui ont des enfants à un âge plus tardif feront moins appel aux grands-parents et seront plus centrés sur eux-mêmes, d’autant que leur mode de vie et d’éducation s’est éloigné des anciens.

Autre aspect, les grands-parents actuels sont plus nombreux à divorcer, donc moins disponibles pour leurs petits-enfants. On assiste à une variété de situations selon aussi les milieux sociaux. Par ailleurs, vu le prix de l’immobilier, nombreux sont les enfants qui font un choix résidentiel à proximité des parents dans des petites villes.

La situation est-elle la même en Europe ?

Dans tous les pays européens, les grands-parents ont un rôle aussi important. Mais dans les pays du Sud, les grands-parents sont le plus souvent dans l’obligation d’assurer la garde de leurs petits-enfants. Cela s’explique par les infrastructures de la petite enfance moins présentes et plus chères que dans notre pays, mais aussi par le niveau de vie et l’accroissement du travail féminin. En Croatie, des grands-parents viennent s’installer près de leurs enfants afin de les aider. Dans les anciens pays de l’Est, l’idée que les grands-parents sont plus aptes à garder les petits-enfants que la crèche demeure prégnante.

Entretien réalisé par Jacques Rastoul

Martine Segalen, sociologue de la famille.