Actu revendicative


Martine Leblanc : Une femme de bien


Comme beaucoup de « Chti », Martine Leblanc est une femme besogneuse. Depuis toujours, elle se nourrit, avec goût, de la solidarité et du partage. Elle a mené ses combats sans jamais s'égarer. Et elle peut aujourd'hui témoigner de la richesse de l'équipe et du militantisme syndical. Une femme de bien.

Ne cédons pas à la facilité des idées reçues, même si, chez Martine, elles se vérifient. « Les gens du Nord ont dans le cœur… », un petit accent sympathique, la tête toujours en éveil, souriante.

Les enfants de Wattrelos de son côté, et la riche bourgeoisie de Roubaix de l’autre. Une certaine image du Nord et de Martine pourraient nous laisser penser que là est notre personnage ! Le p’tit Quinquin n’est pas loin !

À 16 ans, BEPC en poche, Martine arrête ses études. Elle est embauchée dans une blanchisserie. Une atmosphère chaude et humide en toute saison, et une ambiance pas toujours facile à supporter : « Je me suis tout de suite disputée avec le directeur.

Il y avait un manque d’organisation, alors qu’à la maison… » À la maison, il y a cinq frères et sœurs. Et un papa CRS ! Elle se marie et un garçon arrive dans le foyer.

« Je me suis syndiquée en 72, dès mon entrée dans la banque régionale Scalbert. Une copine m’a très vite conseillée : Si tu veux, je suis syndiquée à la CFDT, je t’emmène ». Affaire conclue.

Martine acquiert très vite une image de « révolutionnaire » et fait scandale au prétexte qu’elle veut développer l’éducation ouvrière. « L’argent du CE, c’est pour donner des jouets aux petits enfants pour la Noel ! » Quand le paternalisme sévit !

Deux ans plus tard, Martine participe à une grande grève dans les banques, assiste tous les jours à l’AG, monte à Paris pour les manifs. « Le secrétaire du syndicat m’a repérée. Et tout s’est enchaîné très vite. » Il fallait simplement donner corps à l’allant, fortifier le potentiel, structurer les potentialités. « On m’a proposé une formation syndicale. Aux premières élections, j’ai été élue. »

Mission au Japon

En 1975, elle est DP. Le secrétaire du syndicat de la Banque la pousse à se former encore et encore. En 76, la voilà déléguée syndicale de l’ensemble de la banque. Avec le regroupement des banques Scalbert et Dupont elle négocie un accord d’entreprise commun sur la base la plus haute et le maintien des effectifs.

Martine ne s’est jamais fait de cadeau. On a cherché à l’éloigner et mutée dans une petite agence. « Mais j’étais trop coupée de mes collègues. J’ai demandé à être rapprochée d’eux et petit à petit le mandat syndical est devenu prioritaire. »

Quand Martine jette un regard en arrière, elle sait ce que son engagement lui a apporté. « Toute la formation syndicale qu’on peut avoir, les universités d’été auxquelles on participe, les débats… C’est là une véritable école. Et les congrès confédéraux ! Depuis Annecy, je les ai tous faits sauf celui de Bordeaux. » Elle sait aussi ce qu’il lui a coûté.

« En 1995 j’ai préféré quitter la fédération de la Banque pour désaccord politique. Et j’ai été secrétaire générale de l’Union territoriale interprofessionnelle de Roubaix, Tourcoing, Vallée de la Lys, ce qui m’a valu un voyage découverte au Japon à l’invitation de Jean-François Trogrlic, secrétaire national à l’époque, qui recherchait la mixité pour cette mission. »

Martine ne supporte pas l’injustice. Mais elle vérifie encore aujourd’hui, chez les retraités que « quand on est ensemble, on est plus forts. » Elle pensait qu’elle en avait fini avec la CFDT. « Mais, en novembre 2010, des gens bien intentionnés ont pensé à moi comme secrétaire générale de l’Union régionale des retraités du Nord – Pas-de-Calais !

J’ai sincèrement de la chance d’avoir autour de moi des gens qui sont de vrais camarades. » Une autre façon sans doute pour les Chtis de dire « je vous aime ! »

Daniel Druesne

« Je me suis syndiquée en 72. Une copine m’a très vite conseillée : arrête d’avoir des revendications pour les uns et pour les autres sans avoir un mandat syndical. »