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Les personnels mobilisés de façon remarquable 6/6


Emmanuel Sys, directeur de l’hôpital de Wasquehal (Nord) et de quatre établissements médico-sociaux, Emmanuel Sys est président de la Conférence nationale des directeurs d’établissements pour personnes âgées et handicapées, répond à nos questions.

Sommaire du dossier
- Coronavirus, les leçons de la crise 1/6
- Les personnes fragiles et vulnérables au centre de la crise 2/6
- Épuisés, mais fiers de leur travail 3/6
- Seuls, éloignés, ou en couple, les aidants familiaux ont fait face 4/6
- Une autre façon de militer 5/6
- Les personnels mobilisés de façon remarquable 6/6

Quelles sont tes principales leçons tirées de la crise ?

Personne n’était préparé à cette crise sanitaire, malgré notre expérience de la canicule, de la grippe, de la gastro-entérite. Nous avons appris pour demain à nous organiser différemment, à être armés et plus réactifs dès le début au plan des établissements, du territoire et au niveau national.
Dans les établissements, les personnels n’ont pas perdu leur sang-froid. Ils ont su très vite s’organiser pour le pilotage partagé au sein de l’équipe de direction, faire face au manque de matériel, gérer le confinement en chambre, prévoir les tests de dépistage. Malgré des arrêts de travail, la peur de la contamination, le manque de matériel au départ, les personnels des hôpitaux comme des Ehpad se sont mobilisés de façon remarquable. En peu de jours, une nouvelle organisation du travail et des espaces s’est mise en place pour faire face, des relations plus humaines ont été vécues. Entre le médico-social et le sanitaire, les frontières de travail sont tombées. À l’hôpital, le mode de gestion comptable et financière a su se décloisonner pour plus de coopération entre les services.

Et la consultation des instances représentant les usagers ?

L’urgence n’a pas permis de consulter les instances consultatives des usagers. Le CVS et la CDU (commission des usagers) ont été mis en sommeil. Par contre, dans chaque établissement de personnes âgées et handicapées que je gère, on a su instaurer une information collective et transparente chaque semaine, aux familles, pour éviter les fantasmes et les craintes.

Pourquoi y a-t-il eu de telles différences d’épidémie d’un Ehpad à l’autre ?

Les fortes différences ne sont pas que le reflet d’un mode de gestion ou de dysfonctionnements. Il y a aussi eu le facteur hasard ou chance dans la pénétration ou non du virus. Dans tous les Ehpad, la contamination a été une source de culpabilisation et de cauchemar pour les personnels.

Quelles sont les autres leçons utiles pour l’avenir ?

L’astreinte gériatrique depuis un hôpital avec les Ehpad a été généralisée en 15 jours dans le Nord. Elle a apporté des réponses adaptées aux établissements en matière de soins urgents et de fin de vie. La direction s’est sentie à chaque fois moins isolée. Avec en plus la télémédecine et la téléconsultation, les Ehpad conventionnés avec un hôpital ont pu bénéficier de tous les services sanitaires. Les villes, le Département et l’agence régionale de santé ont aussi joué un rôle important. Dans les établissements qui ont subi le virus, les personnels fortement marqués ont besoin de soutien, pas uniquement dans leur travail, mais aussi de soutien psychologique qui leur est essentiel.

Comment penser l’Ehpad de demain ?

Il faut s’engager sur cinq priorités :
- renforcer le lien et la coopération avec l’hôpital ;
- accroître les effectifs en personnels organisés de manière plus qualitative ;
- revaloriser les qualifications, les rémunérations et les formations, dont le métier d’assistant de soins en gérontologie en progression ;
- revoir l’architecture des établissements, notamment avec des unités internes plus petites, des espaces de vie plus conviviaux, individualisés et sécurisés ;
- organiser sur le territoire des groupements et coopérations inter-établissements avec des services et des personnels en commun.
La future loi Grand âge doit répondre à l’ensemble de ces enjeux relevés par la crise. Toute la CFDT est engagée dans cette ambition.

Entretien réalisé par Jacques Rastoul

Emmanuel Sys