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Les personnes fragiles et vulnérables au centre de la crise 2/6


Cette épidémie, devenue pandémie, a mis au centre des préoccupations les personnes âgées et les personnes fragiles. Malgré les drames vécus, faute de moyens et d’anticipation, on ne peut que se réjouir de cette prise en compte.

Sommaire du dossier
- Coronavirus, les leçons de la crise 1/6
- Les personnes fragiles et vulnérables au centre de la crise 2/6
- Épuisés, mais fiers de leur travail 3/6
- Seuls, éloignés, ou en couple, les aidants familiaux ont fait face 4/6
- Une autre façon de militer 5/6
- Les personnels mobilisés de façon remarquable 6/6

Dans notre histoire, ces personnes fragiles et vulnérables passaient aux oubliettes. Cette fois, le rapport à la vie n’est plus le même, à tout âge chacun a le souci de vivre dignement et en bonne santé tout au long de sa vie. « Quoi qu’il en coûte », la santé a pris le pas sur l’économie. Ce sentiment partagé par les citoyens est une première. Il est aussi le fruit de mobilisations précédentes pour le grand âge et la prise en charge de la perte d’autonomie, mais aussi celle de l’allongement de la durée de la vie, de la place des retraités dans le bénévolat et dans les solidarités intergénérationnelles.

L’urgence face à l’incertitude

Les progrès sociaux et ceux de la médecine ont facilité l’allongement de la vie, mais cette pandémie, ce virus inconnu et invisible a démontré l’incertitude des scientifiques, des pouvoirs publics, du gouvernement. Oui, on ne peut tout prévoir, tout maîtriser, mais on peut réfléchir et agir. Notre système de protection sociale a résisté.

Les parents pauvres : l’aide à domicile et les Ehpad

Agir, c’est ce qu’ont fait les soignants des hôpitaux, les personnels des services à domicile et des Ehpad avec courage. Malgré un manque de personnel et de matériels de protection, amplifié par un fort absentéisme au début de la crise, la mobilisation des salariés en place a été exceptionnelle. Vite dépassée, les renforts sanitaires et de matériels sont arrivés après. Les remerciements des familles ont été bien appréciés par les personnels.
La réponse à la crise sanitaire s’est focalisée sur les hôpitaux, puis on s’est aperçu que le médico-social, mis de côté, devenait aussi une urgence. Le confinement en chambre pour éviter l’hécatombe en Ehpad a évité un accroissement du nombre de décès.
L’enfermement est devenu tout aussi inquiétant sur le plan de la santé physique et psychique des résidents. Heureusement, l’interpellation des associations, des familles et de conseils de la vie sociale ont pesé pour assouplir ce confinement en chambre et retrouver une vie sociale normale et le moral pour tous. Les visites trop restrictives ont souvent frustré les familles avec le sentiment d’être dépossédées de leurs proches.

Une vision noire des Ehpad qui dessert leurs efforts

Au bout d’un certain temps, chaque soir à la télévision, on a commencé à parler des Ehpad surtout en nombre de décès, donnant une vision noire de ces établissements. Le traitement médiatique ne retenait que les situations extrêmes, desservant leur image et les efforts réalisés par les personnels. Or ce sont des lieux de vie, mais aussi des lieux de fin de vie, au regard des personnes très âgées souffrant souvent de multiples pathologies. En effet, la majorité des patients atteints de formes graves à l’infection au Covid-19 présentaient au moins une comorbidité. Il n’était dès lors pas étonnant que la moitié des décès du Covid proviennent de ces établissements. Mais en juin, finalement, 97 à 98 % des résidents des Ehpad étaient toujours vivants. Il n’en reste pas moins que les manques de moyens dans ces établissements, comme à domicile, ne sont plus acceptables. L’Ehpad de demain est à repenser avec une revalorisation des professions en s’appuyant sur ses innovations et une éthique de la dignité humaine.
Le confinement pour les personnes âgées à domicile a aussi été source d’isolement et de plus de solitude, surtout pour les personnes fragiles et en perte d’autonomie. Coupées de leur proche au départ, cet autre drame sanitaire n’a pas été souligné. De multiples exemples de solidarité du voisinage ont permis à ces personnes de survivre même lors des jours d’absence du personnel aidant. Les associations de lutte contre la pauvreté et l’exclusion ont dû fermer leurs portes, en raison de l’absence des retraités bénévoles confinés.
Les aidants familiaux, adultes et jeunes, ont été mis à rude épreuve face aux carences de personnel et la peur de la contamination. Surtout lorsqu’il a fallu accueillir à domicile leurs proches revenus de leur établissement fermé, de centre pour personnes handicapées ou d’accueil de jour.

Des métiers qui ont pris de la valeur

Autres effets, les métiers invisibles et déconsidérés ont pris de la valeur. Les « premiers de corvées », les personnels de propreté, les livreurs, les éboueurs, les employés des commerces et des services… ont continué à faire fonctionner la société. Leur utilité a été enfin mieux reconnue, espérons qu’il y aura des suites dans leur requalification. Ceux du « prendre soin », du Care, les aides à domicile, les auxiliaires de vie, les aides-soignantes, les infirmières… ont été mis en lumière et applaudis chaque soir dans les quartiers. Des primes ont été accordées à certains en attendant une revalorisation de leur rémunération et l’évolution de leurs métiers.
Les « actifs » et les jeunes ont eux aussi été confinés à domicile. Pour certains cela a été vécu comme une contrainte, une perte de revenu et surtout une vie difficile, pour les milieux populaires dans des logements étroits, avec une scolarité défaillante (manque de matériel, de connexion informatique et d’espace) pour leurs enfants. Pour d’autres, ce fut un moment de vacances imposées, de vies de cohabitations familiales continues, une découverte du télétravail, et des réflexions sur le monde d’après. Très vite le besoin de liens sociaux externes s’est manifesté. Le téléphone et Internet ont pris une place importante pour se soucier de ses collègues, de ses voisins, de ses parents et grands-parents.
Ce besoin renforcé de communication et de solidarité pour rompre l’isolement a touché toute la société et toutes les générations. La solidarité et les soutiens ont pris forme avec les villes et des CCAS, le conseil départemental, l’agence régionale de santé (ARS), les caisses de retraite, les associations… Les retraités confinés, surtout ceux de la CFDT ont su être actifs et inventifs pour créer de nouveaux liens de solidarité, une nouvelle façon de militer.

Des inquiétudes pour l’avenir et la prise en compte des inégalités

Les conséquences de la crise se sont ressenties d’abord sur les revenus et la pauvreté. Les fins de contrats temporaires, le chômage partiel, les sans-papiers aux travaux non déclarés ont été les plus touchés. Les retraités et les fonctionnaires ont été protégés par leur niveau de revenu constant. Le retour du chômage massif est une inquiétude partagée dans les familles pour les nouvelles générations.
Dans cette épreuve sociale et sanitaire, la nature a repris le dessus. Une expérience écologique sans précédent a été vécue, celle d’une société sans pollution et nuisances, de villes vertes sans voitures, d’un air pur, des transports sans encombrements… Elles ont permis d’imaginer un nouvel art de vivre, un monde d’après plus écologique et social. La CFDT Retraités s’est impliquée, partie prenante dans le Pacte du pouvoir de vivre, de Ville amie des aînés, des États généraux de la séniorisation pour une société solidaire et plus égalitaire. Elle va peser pour que la future loi Grand âge soit à la hauteur des défis relevés par cette crise et des besoins des aînés.

Les services d’aide à domicile à la peine durant le confinement.