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La CFDT au sein d’une organisation mondiale promouvant les droits du travail, les emplois décents, la protection sociale et le dialogue social


Questions à Jean-François Trogrlic, ancien directeur du bureau de l’Organisation internationale du travail en France, ancien secrétaire national de la CFDT.

Sommaire du dossier
- L’Organisation internationale du travail a 100 ans et un avenir
- L’OIT pour garantir la paix, promouvoir la justice sociale et assurer une concurrence équitable
- Deux dirigeants de l’OIT
- Une approche de l’avenir du travail centrée sur l’humain
- La CFDT au sein d’une organisation mondiale promouvant les droits du travail, les emplois décents, la protection sociale et le dialogue social

Quel a été ton rôle à l’Organisation internationale du travail (OIT) ?

Dans un premier temps, un rôle de suivi dans le cadre de mes responsabilités de secrétaire national à la CFDT en charge de l’international de 1992 à 2005. Et chaque année, je participe aux travaux de la Conférence internationale du travail (CIT), formidable moment d’échanges avec des syndicalistes du monde entier.

En 2005, je pars pour Genève comme conseiller pour les affaires sociales à la Mission permanente de la France auprès de l’ONU. En 2007, je prends la direction du bureau de l’OIT pour la France jusqu’en 2014.

Quelle est l’implication de la CFDT au sein de l’OIT ?

Outre le suivi effectué par les secrétaires confédéraux du secteur international, tous les 3 ans, la CFDT occupe le poste de délégué titulaire des travailleurs français à la CIT.

La CFDT est aussi partie prenante du Conseil d’administration dans la délégation travailleurs pilotée par la Confédération syndicale internationale (CSI). René Salanne, puis Roger Briesch ont occupé le poste. Lors du prochain renouvellement, la CFDT désignera le représentant français pour succéder à Bernard Thibault.

La CFDT joue aussi un rôle important dans les actions de coopération menées par l’OIT. Jean-Pierre Delhoménie a piloté un important programme de coopération en Afrique pour le développement des droits fondamentaux. Jean-Pierre me rejoint ensuite au bureau de Paris, et son expérience et notre histoire commune dans la CFDT seront précieuses pour développer, en lien avec Genève, les activités de ce bureau.

En 2019, l’OIT fête son centenaire. Quel est son bilan ?

L’OIT est la plus ancienne organisation de tout le système de l’ONU. Dans sa structure tripartite, unique, elle fait débattre et décider ensemble employeurs, travailleurs et gouvernements. Un siècle durant, elle a développé une action de production et de mise en œuvre de normes qui ont permis de réguler le développement du monde industriel.

Tous les aspects liés à la structure du travail seront couverts : temps de travail, santé-sécurité, conditions de travail, salaires, protection sociale… Un fort accent sera mis sur les droits et principes fondamentaux au travail : liberté syndicale, interdiction du travail des enfants, du travail forcé, égalité hommes/femmes, lutte contre toutes les formes de discrimination.

Depuis une vingtaine d’années, un recentrage a commencé pour prendre en charge les problèmes que pose le travail informel, ainsi que l’accès de tous à des prestations de protection sociale adaptées aux réalités concrètes de chaque pays en fonction de son développement. Ce recentrage doit s’amplifier tant il est maintenant évident que les modèles sociaux des pays les plus industrialisés ne peuvent pas être plaqués tels quels sur les réalités diversifiées du monde d’aujourd’hui.

Quelles sont les perspectives ?

L’OIT doit faire face à 3 défis. La révolution technologique amplifiée par l’irruption de l’intelligence artificielle qui n’épargnera aucun domaine de l’activité humaine et provoque des conséquences directes sur le travail, son organisation, et les qualifications qu’il requiert.

Le défi écologique qui nécessite de conjuguer l’organisation du travail avec la préservation de l’environnement.

Le défi institutionnel lié à la mise en cause du multilatéralisme et aux initiatives qui sont prises en dehors de l’OIT, afin de contraindre les entreprises, en premier lieu les multinationales, au respect des droits fondamentaux.

Dans un climat de montée des populismes et des replis nationaux, l’OIT doit continuer son œuvre historique en faveur de la justice sociale au service d’une paix durable. Le syndicalisme a un rôle central à jouer, la CFDT continuera d’y prendre toute sa place.

Propos recueillis par Jean-Pierre Bobichon

En savoir plus

Sites
OIT : www.ilo.org/global/lang--fr
ISST (Institut des sciences sociales du travail) : www.pantheonsorbonne.fr/ufr/isst-institut-des-sciences-sociales-du-travail/
IRES (Institut de recherches économiques et sociales) : www.ires.fr

Quelques ouvrages
L’Organisation internationale du travail, Isabelle Lespinet-Moret et Vincent Viet, Presses universitaires de Rennes, 2011.
La troisième guerre mondiale est sociale, Bernard Thibault, éditions de l’Atelier, 2016.
Le Travail au XXIe siècle, sous la direction d’Alain Supiot, éditions de l’Atelier, 2019.

Jean-François Trogrlic