Actu revendicative


Développer les structures intermédiaires


Questions à Pascal Champvert, président de l’association des directeurs au service des personnes âgées La question du quatrième âge est au cœur des débats politiques français. Mais au-delà de son financement, quel est l'enjeu de l'aide à l'autonomie ? Pascal Champvert, en spécialiste de ce secteur, casse les idées reçues et décortique le système existant et les alternatives à disposition des particuliers. « Prendre soin de nos aînés, c'est déjà prendre soin de nous », affirme-t-il.

Comment percevez-vous les conséquences de l’arrivée tardive des personnes âgées avec des pathologies lourdes ?

Il y a effectivement une dégradation qui insatisfait tout le monde, le modèle actuel des Ehpad en place depuis dix ans n’est plus suffisamment adapté à la réalité. Notre pays a des objectifs contradictoires, entre la grande loi de 2002 qui prône la liberté et la citoyenneté des personnes, les familles qui sont souvent dans une grande attente de sécurité et l’État qui veut la liberté et la sécurité maximale sans en fournir les moyens.

En fait, il faut développer toutes les structures intermédiaires entre le domicile et l’établissement, diversifier l’offre d’hébergement et d’accompagnement. La maison de retraite de demain doit être conçue comme des domiciles regroupés, avec des espaces personnels de 30 à 40 m2 et des services communs de soins et d’animation.

On ne peut pas souhaiter pour nos proches, ou demain pour nous-mêmes, de vivre comme dans un hôpital. Même si, pour les personnes les plus handicapées, des accompagnements spécialisés seront à développer.

L’implication et le dialogue avec les résidents, les familles et le personnel sont sources de bientraitance, comment votre association de directeurs soutient l’activité des conseils de la vie sociale ?

Notre association de directeurs soutient toutes les démarches de dialogue et de participation, y compris les conseils de la vie sociale. À chaque fois que l’on écoute la parole des personnes âgées, des familles et des salariés, la qualité de l’accompagnement en sort grandie.

Face aux attentes des CVS, on doit aussi prendre en compte les objectifs contradictoires que doivent appliquer les directeurs. Certains s’en sortent, mais leurs tâches deviennent plus difficiles qu’hier. Des directeurs ont des marges d’autonomie. D’autres sont plus contraints, par exemple s’ils dépendent d’un groupe de maisons de retraite. En tout cas, ce dialogue entre toutes les personnes concernées permet d’avoir plus de poids vis-à-vis des pouvoirs publics.

Comment expliquez-vous le coût élevé d’hébergement en maison de retraite et de l’accompagnement à domicile ?

Faute d’une politique des pouvoirs publics depuis des années prenant réellement en compte l’aide à l’autonomie et son financement, le coût est supporté par les personnes concernées ou leur famille, alors que l’hospitalisation assurée par la collectivité est dix à vingt fois plus chère que la maison de retraite médicalisée.

Dans d’autres pays européens, le prix payé par la personne âgée est moindre et les moyens en personnel sont près du double de chez nous. La Cour des comptes a déjà soulevé cette anomalie en 2005.

Le financement de l’aide à l’autonomie, quel que soit le lieu d’hébergement et d’accompagnement, doit être davantage assuré par la solidarité nationale et non par la solidarité familiale. À cette condition, nous pourrons enfin avoir des prestations de qualité, avec du personnel mieux remunéré et professionnalisé.

Propos reccueillis par Jacques Rastoul