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Aux origines de Mai 68


On peut identifier les facteurs politiques, historiques et socio-économiques qui furent la matrice des « événements de Mai 68 ».

Sommaire du dossier
- Mai 68 et la CFDT
- La grande grève de Mai 68
- Aux origines de Mai 68
- 1968 ou l’année de tous les possibles en France et en Europe
- Témoignage de Geo Goubier
- Cinq faits influencent Mai 68
- Le Constat de Grenelle
- « La CFDT a su faire le lien entre la lutte des étudiants et celle menée dans les entreprises »
- Témoignage sur des souvenirs de Mai 68
- Témoignage sur l’esprit de Mai 68

Un contexte institutionnel et politique particulier

En 1958, la IVe République se trouve dans une impasse politique. Le général de Gaulle est appelé par le président René Coty pour former un gouvernement : il est investi par l’Assemblée nationale le 1er juin, puis une nouvelle constitution est adoptée par référendum le 28 septembre 1958.
Cette constitution renforce les pouvoirs du président. Le général de Gaulle sera élu au suffrage universel direct le 19 décembre 1965.

La décolonisation

Ce mouvement profond s’accompagne de conflits.
Pierre Mendès France (président du Conseil) réussit à mettre en place l’indépendance progressive de la Tunisie (1954-1956) et à sortir du conflit meurtrier de l’Indochine avec l’accord de Genève du 21 juillet 1954.

Pour l’Algérie ce fut douloureux : le conflit se déroule du 1er novembre 1954 (marqué par une série d’attentats) aux accords d’Évian signés le 18 mars 1962. Le bilan est lourd : 250 000 morts côté algérien (selon X. Yacono), et 30 000 côté des militaires français (selon J.-P. Mari).

Ce conflit a des répercussions dramatiques : une manifestation organisée le 8 février 1962 par les syndicats, pour la paix en Algérie et contre les agissements de l’OAS, subit une violente répression policière : il y a 9 morts et 250 blessés parmi les manifestants.

La population est à bout : 1 750 000 soldats français auront été impliqués dans ce conflit ; le pays approuve par référendum, le 8 avril 1962, les accords d’Évian à 90,6 % de oui.
La paix retrouvée, la société française ne règle toutefois pas de manière satisfaisante les conséquences de ce conflit ni avec le million de Français rapatriés d’Algérie ni avec les harkis.

Des changements socio-économiques profonds

Dans l’avant 68, plusieurs changements importants peuvent être relevés.

1. La croissance démographique
La population passe de 40 millions d’habitants en 1946 à 49 millions en 1967, tandis que la population étudiante passe de 310 000 en 1960 à 851 000 en 1970. Il résulte de ces évolutions des besoins en équipements collectifs notamment en logements.
L’élévation du niveau de formation, la difficulté croissante à trouver des débouchés accroissent le niveau d’exigence à l’égard de la société.
La structure de la population entre secteurs d’activité
Ce point est révélateur des modifications sociales dans la société française.

Agriculture Industrie Services
1950 23 % 37 % 40 %
1970 10 % 38 % 52 %

Ce tableau pointe le déclin du secteur agricole et la montée du secteur des services.

2. L’urbanisation croissante
La population urbaine (en % de la population totale) croît régulièrement : de 61 % (année 1960) à 71 % (année 1970). Ces évolutions accroissent les « fractures territoriales » entre villes, périphéries des villes et campagnes.

Elles posent des problèmes d’aménagement du territoire, de transports, de logements, de services publics. Il s’agit d’un facteur important d’évolution pour les années 1960-1970 qui ne fait d’ailleurs que s’accentuer depuis.

Ces mutations profondes de la société des « années 68 » sont à replacer dans le cadre des « Trente Glorieuses », expression de l’économiste français Jean Fourastié.
Cette période se caractérise par un niveau de vie multiplié par 5 de 1945 à 1975 et une croissance moyenne de 5,9 % entre 1947 et 1973.

Après la Seconde Guerre mondiale, la période de reconstruction du pays entraîne une forte croissance économique mais elle génère de profondes transformations politiques et des tensions sociales qui ont été les catalyseurs des « événements » de Mai 68.

Conférence de presse CFDT-UNEF, Paris, le 20 mai 1968. [de gauche à droite] Jacques Sauvageot, vice-président de l’UNEF ; André Jeanson, président de la CFDT ; Eugène Descamps, secrétaire général de la CFDT. (Droits réservés/Coll. Archives CFDT, CE/6/1968/12761)